Au Katanga, l'étape de la mise à mort de Patrice Lumumba, de retour en RDC

AFRICA RADIO

26 juin 2022 à 6h36 par AFP

Après la naissance et l'envol politique, la mise à mort.Le pèlerinage en mémoire de Patrice Lumumba se poursuit dimanche dans le Haut-Katanga, dans le sud-est de la République démocratique du Congo, lieu des supplices et de l'assassinat du héros de l'indépendance.

Lubumbashi (RD Congo) (AFP)

Ce 17 janvier 1961, sous une pluie fine, un peloton d'exécution attendait Lumumba, premier Premier ministre de l'ex-Congo belge indépendant et deux camarades, Joseph Okito, vice-président du Sénat et Maurice Mpolo, ministre de la Jeunesse, raconte à l'AFP l'historien Guillaume Nkongolo, professeur à l'Université de Lubumbashi.

Déchus, accusés en pleine guerre froide d'être communistes, les trois hommes avaient été amenés dans la localité de Shilatembo, à environ 50 km de Lubumbashi, la grande ville minière de la région.

L'ordre était de les exécuter, à la nuit tombée, au pied d'un arbre, après leur avoir fait subir d'atroces tortures sur injonction des autorités provinciales du Katanga, en sécession à cette époque, avec la complicité d'hommes de main belges. 

"Avant de recevoir l'ordre de dépecer et de plonger les trois corps dans l'acide sulfurique, les bourreaux les avaient enterrés puis déterrés le lendemain", raconte le Pr Nkongolo."Un pied de Lumumba sortait de la terre parce qu'il avait été enterré dans la précipitation", raconte-t-il.

"Les tortures et ce triple assassinat s'étaient déroulés en présence de trois ministres du gouvernement sécessionniste du Katanga dirigé par Moïse Tshombe", poursuit-il.

Lors de la restitution solennelle lundi dernier par la Belgique à la RDC d'une dent de Patrice Lumumba, seul reste de sa dépouille, le Premier ministre belge Alexander De Croo a renouvelé les "excuses" de Bruxelles pour la responsabilité de certains dirigeants et fonctionnaires de l'ex-puissance coloniale dans cet assassinat, dont les circonstances restent toutefois entourées de mystère.

- Dernier voyage -

Aujourd'hui encore, Shilatembo garde les secrets de cette déchirante nuit du supplice de Lumumba et de ses compagnons.

Après des années d'abandon, le site s'est transformé en un lieu touristique aménagé, avec une statue de Patrice Lumumba, mais aussi de l'ancien président Laurent-Désiré Kabila, tombeur du dictateur Mobutu Sese Seko, du chef religieux Simon Kimbangu ou encore de la prophétesse Kimpa Vita, considérée comme la Jeanne d'Arc de la RDC.

On y trouve aussi des bustes d'une dizaine de leaders panafricains, Kwame Nkrumah, Nelson Mandela...et l’épave d’un vieux bimoteur DC2 transformé en restaurant, censé symboliser le dernier voyage en avion de Lumumba ce funeste 17 janvier 1961.

En réalité c’est un DC4 qui l'avait amené de Léopoldville (Kinshasa) à Elisabethville (Lubumbashi), précise le Pr Nkongolo.

Début 2021, une équipe de l'AFP avait retrouvé à Shilatembo une statue en argile de Patrice Lumumba, un monument isolé, inachevé, presque abandonné, qui se dressait en pleine nature à l’écart d’une voie rapide.

Dimanche, le Premier ministre de RDC Jean-Michel Sama Lukonde doit accueillir à Lubumbashi le cercueil contenant la relique de Patrice Lumumba, après les étapes du Sankuru (centre), sa terre natale et de Kisangani (nord-est), ancien fief politique du héros national.

A Shilatembo, les familles Lumumba, Okito et Mpolo prendront la parole, avant un office religieux œcuménique et des hommages populaires avec musiques traditionnelles et folklore tetela, la tribu de Lumumba.

Lundi, le cercueil mettra le cap sur la capitale Kinshasa, où les drapeaux seront mis en berne comme partout dans le pays pour un deuil national de quatre jours, avant une cérémonie d'inhumation le 30 juin, jour de la fête de l'Indépendance.