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Au procès d'un sénateur nigérian, la promesse d'une vie meilleure contre un rein

L'accusation a raconté lundi la promesse d'argent et d'une vie meilleure au Royaume-Uni contre un rein faite à un vendeur de rue de Lagos au procès du sénateur nigérian Ike Ekweremadu, jugé dans une affaire de trafic d'organe.

AFRICA RADIO

6 février 2023 à 16h21 par AFP

Ancien vice-président du Sénat, M. Ekweremadu, 60 ans, est accusé d'avoir avec son épouse Beatrice Nwanneka Ekweremadu, 56 ans, emmené au Royaume-Uni du Nigeria un homme de 21 ans pour lui faire retirer un rein afin qu'il soit greffé à leur fille Sonia, 25 ans. Ils ont plaidé non-coupable, tout comme leur fille et un médecin qui sont également jugés devant la cour de l'Old Bailey à Londres. Devant le jury, le procureur Hugh Davies a souligné le statut du couple, des "personnages importants dans la société nigériane" disposant de "pouvoir et d'influence", ainsi qu'un certain degré de richesse". "Récompenser quelqu'un pour donner un rein" est une infraction pénale, a expliqué le représentant de l'accusation. Même si la personne qui donne un organe contre récompense est d'accord, car selon la loi britannique, nul ne peut consentir à sa propre exploitation criminelle. La victime est un jeune homme de 21 ans, vendeur de rue à Lagos. Selon l'accusation, jusqu'à 7.000 livres sterling (7.800 euros) lui avaient été proposées, ainsi que la promesse de travailler et rester au Royaume-Uni. L'accord lui-même constitue l'infraction, a insisté le procureur, "ce qui compte, c'est ce que les prévenus se sont mis d'accord de faire", peu importe le consentement de la victime. Et il a toujours été question d'une "récompense", a insisté Hugh Davies, écartant tout don altruiste. "Les donneurs altruistes sont exceptionnellement rares, ceux qui veulent renoncer à un organe pour de l'argent ne le sont pas", a-t-il poursuivi, "souvent" de jeunes gens déshérités. Les quatre suspects sont formellement accusés de complot pour avoir organisé le voyage d'un tiers en vue de son exploitation, pour des faits présumés commis entre le 1er août 2021 et le 5 mai 2022. La victime présumée dans cette affaire aurait refusé de consentir à la greffe après avoir subi des examens médicaux dans un hôpital du nord-ouest de Londres et se serait enfuie pour aller prévenir la police. Le procès doit durer sept semaines.