Au Soudan, les pro-pouvoir civil défilent pour sauver leur "révolution"

Par AFP

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A Khartoum, les antimilitaires disent jeudi se mobiliser pour sauver leur "révolution".Au milieu de pneus en feu et dans un concert de klaxons, ils le clament: le Soudan ne sera plus jamais une "dictature" ni le pré carré de l'armée.

Khartoum (AFP)

"On est là pour dire que le peuple protège sa révolution et qu'on ne retournera pas à la dictature", affirme Salafa Mohammed, étudiante de 21 ans, drapée dans le drapeau noir, blanc, rouge et vert du Soudan, qui défile avec des dizaines de milliers d'autres personnes.

La "révolution", c'est le soulèvement de 2019 qui a mis fin à 30 années de règne sans partage d'Omar el-Béchir, dont le régime va-t-en guerre était soutenu par militaires et islamistes. 

Depuis son éviction, l'armée et les civils, réunis au sein d'autorités de transition --elles-mêmes chapeautées par un général--, promettent des élections libres et un gouvernement civil qui traînent.

- "Leur temps est fini" -

A bout de patience, Al-Dalil Ibrahim, instituteur de 34 ans, réclame "un pouvoir uniquement civil" sur-le-champ."Les militaires doivent remettre le pouvoir aux civils, leur temps est fini et on leur a donné leur chance", dit-il à l'AFP.

Autour de Salafa Mohammed, la foule reprend en choeur: "l'armée appartient au Soudan, pas à Burhane".Le général Abdel Fattah al-Burhane, à la tête du Conseil de souveraineté qui dirige la transition, divise le pays.

Ses partisans le croient seul capable d'en finir avec une inflation proche des 400% et une crise économique qui exaspèrent les Soudanais, assis sur des mines d'or et des terres agricoles fertiles. 

Ses détracteurs craignent eux qu'avec lui, les militaires reprennent l'ensemble du pouvoir.

Car pour la foule de manifestants sortis dans les rues jeudi, les acquis de 2019 sont aujourd'hui menacés par le sit-in observé depuis le 16 octobre par les partisans des militaires. 

Pour eux, c'est une machination des militaires pour reprendre le pays.Ils en veulent pour preuve les impressionnantes quantités de nourriture qui approvisionnent leur campement depuis six jours, devenue source de moquerie sur les réseaux sociaux qui y voient le financement de partisans de l'ancien régime, d'islamistes et de militaires.

Dans un autre quartier de Khartoum, une pancarte écrite à la main brandie par une femme intégralement voilée de noir l'affirme aussi: "Burhane ne nous représente pas".

- 1964, 2019, 2021 -

En face d'elle, un jeune harangue la foule qui scande "Révolution, révolution", un mot qui fait écho à la révolte de 2019 mais aussi à celle de 1964, la première à avoir mis fin à un pouvoir militaire au Soudan quelques années après son indépendance et dont c'est jeudi l'anniversaire.

"On veut obtenir tout ce qu'on a réclamé pendant la révolution: la liberté, la justice et la paix", martèle Amir Chazli, fonctionnaire de 30 ans. 

Car les plaies de la révolte de 2019 sont toujours béantes. Selon un comité de médecins proche des manifestants, plus de 250 personnes avaient été tuées dans la répression.

Depuis plus de deux ans, les familles des victimes de ce bain de sang, comme celles du régime de Béchir, disent toujours attendre justice.

En prenant aujourd'hui la rue, assure à l'AFP Moujahed Hussein, les manifestants reprennent leur flambeau.Et tentent de ramener les regards vers leur pays, l'un des plus pauvres au monde d'après l'ONU, qui a été sous le feu des projecteurs en 2019 avant de passer de nouveau sous les radars.

"On a montré aujourd'hui que la rue appartient aux révolutionnaires", affirme fièrement ce Soudanais.

"C'est le peuple qui décide et la rue ne trahit jamais", jure-t-il encore.