Burkina Faso/ CDP : “Blaise Compaoré reste président d’honneur, rien de plus” - Eddie Komboïgo

Par Lilianne Nyatcha / Africa Radio Paris

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Le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), parti de l'ancien président Blaise Compaoré a tenu son 8ème congrès le week-end dernier au Burkina Faso. Dans un contexte de tension interne, Eddie Komboïgo déjà chef de file de l’opposition burkinabè a été réélu à la tête du parti et se dit président à part entière. 

Deux camps se sont formés au sein du CDP, créant des évènements conflictuels depuis l’annonce du congrès. Qu’est-ce qui vous divise en réalité ?

Je pense que c’est une bataille de leadership, les uns et les autres n’ont pas voulu suivre la voie légale et statutaire pour arriver à leur fin. Ils ont voulu déplacer un problème politique en justice et ils n’ont pas été capables non plus d’accepter le verdict de la justice.

Mais certains pensent qu'il s'agirait de divergence profonde entre l'aile historique constitué des fidèles de Blaise Compaoré et une autre futuriste que vous incarnez.

C’est possible, mais nous n’avons pas demandé de rupture avec l’ancien président. Il y a des lettres. Nous avons reçu 6 lettres en 1 mois soi-disant "signées" par le président Blaise Compaoré. Alors que nous venions de lui donner des attributions importantes dans le parti. Je pense que le bureau politique national et les congressistes ont estimé qu’en lui donnant ces prérogatives, l’objectif était de résoudre le problème mais pas d’en créer davantage. Et donc, les congressistes ont préféré en fin de compte lui retirer toutes les prérogatives et lui donner juste un titre honorifique.

Le dépouiller ainsi de ses toutes ses prérogatives ne confirme-t-il pas qu’il y a un "problème Blaise Compaoré" au sein du CDP ?

Non je ne pense pas. Parce que les congressistes sont convaincus que ce n’est pas Blaise Compaoré qui écrit les lettres. Blaise Compaoré vit une situation que vous connaissez aujourd’hui. Maintenant qui se trouve derrière Blaise Compaoré ? Qui s’arroge les droits de Blaise Compaoré pour nous envoyer des lettres avec des signatures imitées ? C’est tout cela qui nous a amené à lui retirer les prérogatives. Dans tous les cas, nous le respecterons toujours. Mais nous souhaitons que les organes du CDP s’assument pleinement.

Blaise Compaoré serait donc considéré comme un boulet pour le CDP qu’il a fondé ?

Nous considérons le président Blaise Compaoré comme président d’honneur.

Rien de plus ?

Rien de plus.

Vous avez vous-même été suspendu pour six mois à la veille du congrès par une autre aile du CDP. Lors du congrès, les cadres qui ont esté le parti en justice ont écopé d'une suspension de six mois tandis que Achille Tapsoba, le vice-président du CDP dans le bureau précédent a écopé d'un avertissement. S’achemine-t-on vers une implosion du CDP ?

Nous ne souhaitons pas l'implosion. Un parti, c’est une dynamique, ce sont des idées et, ça se passe à l'intérieur des organes. Le bureau exécutif national n’a aucune qualité pour suspendre un simple militant, encore moins un président de parti.  Le président est élu dans un congrès seulement, c’est écrit dans le statut. 

C'est pourquoi nous avons estimé qu’il fallait prévenir l’ancien premier vice-président Achille Tabsoba (parce qu’il sait qu’il est hors statut). Pour les autres qui sont allées en justice, nous avons trouvé que leur démarche était excessive, les congressistes les ont donc suspendus pour 6 mois. 

Selon vous, quelle doit être l’attitude du fondateur du CDP face à cette crise ? Souhaiteriez-vous qu’il joue le rôle d’arbitre ?

Nous souhaitons qu’il soit président d’honneur. Si j’ai besoin de ses conseils, j’irai le voir. Ça sera dans le respect. Sinon, je m’assume en tant que président de parti, entièrement. 

Comme en côte d'ivoire où l'arrestation de Laurent Gbagbo a donné lieu à l'éclatement du FPI qu’il a créé, le CDP en l'absence de son fondateur Blaise Compaoré ne risque-t-il pas de subir le même destin ?

Nous sommes dans une République. Les partis politiques ne sont pas des chefferies coutumières. Il faut que les générations passent, Blaise Compaoré n’est pas éternel, moi non plus. Si nous n’étions pas là, qu’est-ce qu’il faudrait faire ? Est-ce qu’il faudra arrêter le parti pour cela ? Le parti doit continuer à vivre…

Le mandat du président passe de 3 à 4 ans. Quelles sont vos ambitions à la tête du CDP dans ce contexte de tensions internes ?

Nous avons l'ambition de travailler à renforcer les bases du CDP dans les 45 (quarante-cinq) provinces du Burkina Faso, à aller vers d’autres partis qui souhaitent se joindre à nous pour voir comment renforcer davantage le CDP. Et pourquoi une fusion, si les organes le permettent. Nous irons conquérir le pouvoir en 2025.

Vous serez le candidat du CDP ?

Au moment venu, nous choisirons celui qui est apte à représenter au mieux le CDP.

Décryptage Burkina Faso