Burundi: RSF condamne les attaques du président contre un journaliste

2 septembre 2021 à 16h06 par AFP

AFRICA RADIO

Reporters sans frontières a condamné les "propos graves et dangereux" tenus par le président du Burundi, Evariste Ndayishimiye, contre un journaliste de RFI qu'il accuse de ternir l'image du pays avec un sombre tableau de la situation du Covid-19.

"Alors que le Burundi fait face à une résurgence de l'épidémie de Covid-19, le président Evariste Ndayishimiye a publiquement pris à partie, par deux fois en moins de deux semaines, le journaliste burundais de RFI Esdras Ndikumana", déplore RSF dans un communiqué publié mercredi. "Nous condamnons ces propos graves et dangereux, triste rappel de la fragilité de la liberté de la presse au Burundi", déclare le responsable du bureau Afrique de RSF, Arnaud Froger, dans ce communiqué. "Nous rappelons que le travail des journalistes est absolument essentiel durant cette crise sanitaire et appelons le président à ne pas se tromper d'ennemi en combattant l'épidémie plutôt que les journalistes", ajoute-t-il. RFI a protesté dans un communiqué contre ces "attaques verbales" et ces accusations "infondées et absurdes" portées contre le journaliste. L'Union burundaise des journalistes a fait part de sa "consternation" face aux "attaques répétées" du chef de l'Etat contre les journalistes. Esdras Ndikumana, qui travaille aussi pour l'AFP, vit en exil après avoir notamment été torturé par les forces de sécurité burundaises en août 2015. Le président Evariste Ndayishimiye, élu en juin après le décès soudain de Pierre Nkurunziza, s'en est pris nommément mardi à Esdras Ndikumana lors d'un discours dans un stade, l'accusant de vouloir "détruire" le Burundi. "Quelqu'un qui passe ses journées et ses nuits à dire que les hôpitaux regorgent de cas de coronavirus, que les gens meurent en masse, n'est-il pas un agent au service de la pauvreté ?", a déclaré le dirigeant burundais, qui avait tenu des propos similaires le 19 août. Le Burundi est, avec l'Erythrée et la Corée du Nord, un des rares pays à ne pas avoir lancé de campagne de vaccination contre le Covid-19. Selon les dernières statistiques officielles, le pays -l'un des plus pauvres au monde- a recensé 5.723 cas de coronavirus et huit décès depuis le début de la pandémie. En 2016, Esdras Ndikumana avait été accusé par Bujumbura de "promouvoir le crime et la violence" dans sa couverture, ce qui lui a valu des menaces sur les réseaux sociaux. Le Burundi est classé 147e pays sur 180 au classement de la liberté de la presse dressé par RSF.


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