Cameroun: cinq employés de Médecins sans Frontières enlevés dans le nord

AFRICA RADIO

25 février 2022 à 19h06 par AFP

Cinq employés tchadien, sénégalais, franco-ivoirien et camerounais de Médecins sans Frontières (MSF) ont été enlevés jeudi par des hommes armés dans l'Extrême-Nord du Cameroun où opèrent des groupes jihadistes.

Yaoundé (AFP)

"Des hommes armés se sont introduits au domicile de MSF" et "cinq membres de notre équipe ont été emmenés" à Fotokol, à la frontière avec le Nigeria, où les groupes jihadistes Boko Haram et Etat islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap, selon l'acronyme en anglais) attaquent régulièrement les civils et les militaires, a indiqué vendredi MSF dans un courriel à l'AFP.

Trois travailleurs humanitaires, une Franco-Ivoirienne, un Sénégalais et un Tchadien, ainsi que deux gardes de sécurité camerounais ont été enlevés, a précisé à l'AFP un responsable de l'administration locale, qui a requis l'anonymat.

"Rien ne permet de lier cet acte aux attaques de Boko Haram.Nous ne savons pas si c'est un simple vol qui a mal tourné.Un coffre-fort a été ouvert", a-t-il ajouté, précisant que l'armée est à leur recherche.

Les autorités camerounaises appellent indistinctement Boko Haram le groupe du même nom originaire du Nigeria ou sa branche dissidente de l'Iswap, qui a fait allégeance à l'EI.

"Ni l’identité ni les motifs des auteurs ne sont connus à ce jour", a également indiqué MSF.

Fotokol, dans l'Extrême-Nord du Cameroun, se trouve près du lac Tchad, vaste étendue d'eau et de marécages qui étend ses rives dans quatre pays: Tchad, Niger, Cameroun et Nigeria.Boko Haram et l'Iswap ont installé leurs repaires dans certains des innombrables îlots dont est parsemé le lac. 

-Jihadistes-

Les jihadistes conduisent régulièrement des attaques contre les militaires et les civils dans les quatre pays dans cette zone. Elles se sont multipliées ces derniers mois, les groupes armés profitant de leur connaissance de ce terrain marécageux.

L'Iswap a consolidé son emprise sur ces territoires ces derniers mois dans la région après la mort d'Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram, dans des combats entre les deux groupes rivaux.

L'insurrection de Boko Haram est apparue en 2009 au Nigeria avant de se propager dans les pays voisins.Depuis, plus de 36.000 personnes (principalement au Nigeria) ont été tuées, et 3 millions ont dû fuir leur domicile, selon l'ONU.

L'Iswap, lui, est issu, en 2016, d'une scission de Boko Haram, auquel il reproche notamment le meurtre de civils musulmans.

En septembre 2019, six soldats camerounais avaient été tués près de Fotokol après l'attaque d'un poste militaire par Boko Haram.

En août 2021, au moins 26 militaires tchadiens avaient été tués dans la région du lac Tchad, près de la frontière avec le Cameroun, par des jihadistes. 

Les activités des deux groupes jihadistes a conduit les pays de la zone à constituer une force militaire commune, la Force multinationale mixte (FMM), qui associe des soldats du Nigeria, du Tchad, du Cameroun et du Niger. 

Six soldats de la FMM, quatre Nigérians et deux Nigériens, avaient péri en décembre 2021 dans le bassin du lac Tchad lors d'une opération de ratissage qui a également fait 22 morts côté jihadistes, selon les autorités.