Convoi de Barkhane bloqué au Niger: les causes de la mort de 3 manifestants inconnues

AFRICA RADIO

18 mai 2022 à 12h51 par AFP

Les enquêtes menées par le Niger et la France n'ont pas permis de déterminer les circonstances de la mort de trois manifestants lors de heurts, fin novembre 2021, au passage d'un convoi de la force Barkhane près du Burkina Faso et du Mali, selon le gouvernement nigérien.

Ce convoi militaire parti d'Abidjan pour rejoindre Gao au Mali, avait d'abord été bloqué et caillassé par des manifestants à Kaya dans le centre du Burkina Faso. Il avait repris sa route avant d'être de nouveau interrompu par des manifestants en colère à Téra, dans l'ouest du Niger. Trois d'entre eux avaient été tués, dans des tirs imputés aux forces nigériennes ou françaises. Le 17 décembre 2021, le président nigérien, Mohamed Bazoum, avait "exigé des autorités françaises" une enquête sur les heurts et "ordonné une enquête" du Niger. "L'exploitation des résultats de l'enquête de la gendarmerie du Niger et de l'armée française n'ayant pas permis de cerner le déroulement exact des évènements qui ont provoqué la mort et les blessures des manifestants, le Niger et la France on décidé d'assurer ensemble le dédommagement des familles des victimes ainsi que des blessés", souligne un communiqué du ministère nigérien de l'Intérieur publié mardi soir. Le montant de ce dédommagement "à part égale" entre les deux pays pour chacune des victimes, n'a pas été révélé. Dans un entretien accordé aux journaux français La Croix et L'Obs publié mercredi, le président Bazoum déclare ne pas être satisfait de l'enquête française qui "a consisté à dire que l'armée française avait procédé à des sommations avec des armes létales. Elle a conclu que ses militaires n'avaient pas tué". Or, "ce sont probablement les moyens létaux utilisés par l'armée française, à des fins de sommation, qui ont eu pour effet d'atteindre un certain nombre de manifestants et tué trois d'entre eux, des enfants", dit-il. "Mais", ajoute-t-il, "si la France a une part de responsabilité, le Niger aussi. Nous avions engagé des forces pour maintenir l'ordre et elles n'ont pas été efficaces. Les Français ont dû se dégager eux-mêmes, ils ont dû utiliser des moyens létaux qui ont pu provoquer la mort". L'enquête conduite par la gendarmerie nigérienne "a mis en évidence de graves défaillances du dispositif de maintien de l'ordre prévu pour gérer cette situation" par le Niger, qui "ont amené l'armée française à recourir à la force pour s'extraire de la pression des manifestants", souligne le communiqué de son gouvernement. "L'enquête menée par l'armée française, quant à elle, tout en reconnaissant le recours par le convoi à la force pour s'extirper de la foule qui le menaçait, conclut que les faits se sont déroulés dans des conditions réglementaires au moyens de tirs de sommation", ajoute-t-il. Outre les trois manifestants tués, 17 civils, sept gendarmes nigériens et sept militaires français, avaient été blessés, précise le texte. La manifestation "qui était loin d'être un évènement spontané", a "impliqué plusieurs personnes", dont "la plupart étaient des jeunes élèves", selon le ministère. Paris et Niamey "se félicitent de leur collaboration dans ce dossier particulièrement sensible" et "se réjouissent de la solution obtenue", saluant "la mémoire des personnes décédées", affirme le communiqué. A la suite de ces incidents, le président nigérien avait remplacé son ministre de l'Intérieur, Alkache Alhada, ainsi que le Haut commandant de la gendarmerie nationale, le général Salifou Wakasso. Le Niger doit faire face aux attaques régulières et meurtrières de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et l'Etat islamique au Sahel dans l'ouest, et à celles de Boko Haram et de l'Etat islamique en Afrique de l'ouest (Iswap) dans le sud-est.