Corruption au Mozambique: trois proches du pouvoir condamnés à 12 ans de prison

AFRICA RADIO

7 décembre 2022 à 10h06 par AFP

Trois proches du pouvoir au Mozambique, dont le fils d'un ex-président, ont été condamnés mercredi à 12 ans de prison ferme dans le gigantesque scandale de corruption dit de la "dette cachée", qui avait plongé le pays dans une grave crise financière.

Près de dix ans après les faits, un tribunal spécial aménagé sous une tente blanche dans la cour d'une prison de la capitale Maputo a prononcé le verdict. Le scandale concerne des prêts secrets de deux milliards de dollars accordés par des banques étrangères à des entreprises publiques mozambicaines, et garantis par l'Etat, officiellement pour des contrats d'équipement de pêche et surveillance maritime. Au total, 19 personnes étaient sur le banc des accusés, toutes proches du pouvoir et jugées pour chantage, faux, détournement de fonds et blanchiment. Le procès s'est ouvert l'an dernier et a duré sept mois. La lecture du verdict a duré une semaine. L'ancien chef des services de renseignement et de la sécurité de l'Etat, Gregorio Leao, et l'ex-patron du renseignement économique, Antonio do Rosario, ont tous deux écopé de 12 ans de prison ferme. Ndambi Guebuza, fils aîné de l'ancien chef d'Etat Armando Guebuza, reconnu coupable d'avoir joué les facilitateurs auprès de son père, a été condamné à une peine identique. "Les crimes commis ont eu des effets qui dureront des générations. Le pays a été bloqué, l'aide financière à l'Etat a été suspendue, la pauvreté s'est aggravée pour des milliers de Mozambicains", a déclaré le juge Efigenio Baptista lors de l'énoncé du verdict. L'actuel chef de l'Etat, Filipe Nyusi, a été mis en cause dans plusieurs témoignages. Il n'a toutefois pas été inquiété par la justice jusqu'ici. Le scandale a éclaté en 2016, révélant que l'argent a été emprunté secrètement, sans l'aval du Parlement et dans le dos des créanciers du pays dépendant de l'aide internationale. Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ont suspendu les aides. L'ancienne colonie portugaise a fait défaut sur sa dette et sa monnaie, le metical, s'est effondrée. Le pays a alors plongé dans la plus grave crise financière depuis son indépendance en 1975.