Coup d'Etat au Soudan: appels à libérer le Premier ministre retenu par l'armée

Par AFP

AFRICA RADIO

Les appels à libérer le Premier ministre renversé au Soudan se sont multipliés mardi, au lendemain du coup d'Etat mené par le chef de l'armée Abdel Fattah al-Burhane qui a affirmé retenir chez lui l'ex-chef du gouvernement.

Khartoum (AFP)

Le général Burhane est seul aux commandes après avoir annoncé lundi la dissolution de toutes les institutions du Soudan et l'arrestation de ministres et responsables civils, un coup d'Etat dénoncé en Occident et que des milliers de Soudanais continuent de contester dans la rue.

Le centre de la capitale Khartoum reste bloqué par les manifestants avec des pierres, des branchages et des pneus brûlés, tandis que les forces de sécurité sont déployées avec leurs blindés sur les ponts et les grands axes au lendemain de la mort de quatre manifestants par des tirs de l'armée selon un syndicat de médecins prodémocratie.

Déjà coupés du monde avec des connexions internet et téléphoniques qui vont et viennent, les Soudanais ne peuvent désormais plus quitter le pays: les vols vers et depuis l'aéroport de Khartoum ont été suspendus jusqu'à samedi.L'aéroport, situé en plein centre-ville, est uniquement séparé par un grillage des avenues le bordant. 

Englué depuis deux ans dans une transition tuée dans l'oeuf, ce pays pauvre d'Afrique de l'Est est désormais plongé dans l'inconnu, alors que la chute du régime de l'autocrate Omar el-Béchir en 2019 sous la pression populaire et de l'armée et la signature d'accords avec les rebelles avaient fait croire à une issue après des décennies de crises.

Accusé d'avoir "trahi" la révolte de 2019, le général Abdel Fattah al-Burhane, lors d'une conférence de presse fleuve à Khartoum, a défendu son coup de force et l'armée.

Il a affirmé avoir dissout les autorités chargées de mener la transition vers un pouvoir civil et des élections car "certains attaquaient l'armée", "composante essentielle de la transition".

"Oui, on a arrêté des ministres et des politiciens, mais pas tous", a-t-il ajouté en affirmant: le Premier ministre renversé Abdallah Hamdok est "chez moi".

- Réunion à l'ONU -

Mais les propos du nouvel homme fort du Soudan n'ont visiblement pas rassuré.

Le chef de l'ONU Antonio Guterres a aussitôt appelé à libérer "immédiatement" M. Hamdok et les autres responsables "détenus illégalement", à quelques heures d'une réunion à huis clos à partir de 20H00 GMT des 15 membres du Conseil de sécurité sur le Soudan.

De même, le bureau de M. Hamdok a interpellé les "putschistes" sur son sort.

Plusieurs pays et organisations ont appelé depuis lundi à libérer le Premier ministre renversé.

Lundi, ce dernier, son épouse, plusieurs de ses ministres et les dirigeants civils ont été emmenés par les militaires.

Le général Burhane a promis un gouvernement "compétent" pour bientôt mais son coup de force a suspendu de fait la transition dans un pays resté sous la férule de l'armée quasiment en continu depuis son indépendance.

Après la proclamation de la "désobéissance civile", des milliers de Soudanais campent depuis lundi dans la rue pour protester contre le coup d'Etat militaire.Ils veulent, disent-ils, "sauver" la révolution qui a renversé le général Béchir, au prix d'une répression qui avait fait plus de 250 morts. 

Même si l'on sait maintenant où est le chef du gouvernement, "on ne quittera la rue qu'une fois le gouvernement civil réinstallé", a affirmé à l'AFP Hocham al-Amine, ingénieur de 32 ans."On n'acceptera plus jamais de partenariat avec l'armée."

- "Ambassades du peuple" -

"Un usage de la force n'entraînerait pas seulement un bain de sang (...) mais pourrait aussi mener à un face-à-face prolongé qui fermerait la porte à la résolution de la crise", a averti le cercle de réflexion International Crisis group, en commentant la mort de manifestants lundi.

Face au coup d'Etat, les Etats-Unis ont suspendu une aide de 700 millions de dollars au Soudan.Et pour la Troïka -Etats-Unis, Grande-Bretagne et Norvège- à la manoeuvre sur le dossier soudanais, "les actions des militaires trahissent la révolution et la transition".

Les ambassadeurs soudanais auprès de la France, de la Belgique et de l'Union européenne et de la Suisse ont dénoncé le coup d'Etat et proclamé leurs ambassades comme celles du "peuple et de sa révolution".

Pour manifestants et experts, la possibilité d'un retour au règne sans partage des militaires est plus réaliste que jamais.

Seul Moscou a vu dans le coup de force "le résultat logique d'une politique ratée" accompagnée d'"une ingérence étrangère d'ampleur", dans un pays où Russes, Turcs, Américains ou encore Saoudiens se disputent l'influence surtout sur les ports de la mer Rouge, stratégiques pour leurs flottes.