Crise Guadeloupe : "L'obligation vaccinale pour les soignants est venue raviver un terrain souffrant..." - Nadine Priam

Par Lilianne Nyatcha / Africa Radio Paris

Nadine Priam

Magasins pillés, véhicules incendiés, routes barrées, attaques…, c’est l’actualité de la Guadeloupe depuis plusieurs jours. A l'origine de cette crise la mise à l'écart ou le renvoi du personnel médical non-vacciné. Que signifie cette nouvelle tension ? Lilianne Nyatcha a interrogé Nadine Priam, ancienne rédactrice en chef de Guadeloupe première du groupe France Télévisions.

Vous êtes actuellement à Moule, une région monodépartementale de la Guadeloupe. Quelle est la situation du pays ?

La Guadeloupe vit des moments difficiles depuis 5-6 jours maintenant et, la population vit des situations extrêmement pénibles au quotidien. La circulation n’est plus possible, il faut savoir aujourd’hui qu’il y a des problématiques de prises en charge médicales, il y a des personnes qui sont dialysées et qui n'ont pas pu accéder à leurs séances de dialyse. Alors que ces personnes-là n'ont que 48 heures comme chance de survie sans dialyse.

Il n'y a pas école, la circulation d'armes sérieuses est avérée, il y a des filtrations opérées sur les ronds-points par des personnes civiles qui portent des cagoules, pénurie d’alimentation, de gaz, rationnement d'essence… voici un peu l'ambiance en Guadeloupe. A l'origine de tout ça, vous l'avez dit, la problématique autour de l'obligation vaccinale des soignants et très rapidement des revendications plus politiques, plus sociales…

Aujourd'hui justement, on entend plus des voix se lever notamment des syndicats pour exprimer des demandes plus sociales, notamment l'emploi des jeunes…

Ce qui est intéressant d'observer c'est effectivement que la question de l’obligation vaccinale pour les soignants est venue raviver un terrain qui est souffrant en fait. Il faut comprendre qu’aux Antilles, il y a des problématiques structurelles qui ne sont pas réglées depuis de très nombreuses années, depuis les années 40, je pense.

Et il est très important de spécifier cette question d'obligation vaccinale des personnels soignants, parce que ça prête à confusion. L’obligation vaccinale n’existe pas en France pour les civils, mais concerne directement les personnels soignants et salariés de tous corps de métier exerçant à l'hôpital.

Justement à ce sujet, en 2019, on parlait de la moitié des guadeloupéens âgés de 15 à 64 ans qui sont en chômage. Ce qui représente 21% de la population active.

Oui, et même plus selon ce qu’on prend comme étalonnage ou statistiques. Il faut croire qu’aux Antilles, en Martinique et Guadeloupe surtout c'est très compliqué. C’est pour quoi, il faut disposer les approches, par exemple, relatives à la question de l’emploi des jeunes. 

Mais le souci avec ça, c’est que depuis une semaine les revendications changent tous les deux matins. On est parti sur l'obligation vaccinale des soignants, il y a aujourd'hui une trentaine de points sur la plateforme de revendications qui a été soumise aux autorités locales et puis évidemment on parle de l'emploi des jeunes puisque ce sont souvent des jeunes, on a pu le constater, qui s’adonnent à des exactions armées le soir.

Et au pillage aussi.

Oui, et au pillage.

Le premier ministre Jean Castex a annoncé hier une série de mesures dont la création d'une instance de dialogue pour accompagner les professionnels de santé. Est-ce que ces mesures répondent aujourd’hui aux demandes des guadeloupéens ?

Nous sommes dans l'impasse car aujourd'hui il n’y a pas que la question de l’obligation vaccinale ou du chômage des jeunes. Il y a sur la table une trentaine de points de revendications de tous ordres économique, social etc. Donc c’est difficile de répondre par oui ou non. Il est encore trop tôt de dire si les propositions formulées par le premier ministre donneront lieu à un apaisement total ou au contraire à une révolution.

Il semble que ces propositions tendent à résoudre la question de l’obligation vaccinal, mais que fait-on des autres revendications ?

Décryptage Guadeloupe