"Dans chaque conte, il y a au moins deux leçons de morale." (Conteur)

Le conteur guinéen Moussa Doubouya

22 juin 2022 à 13h13 par Lilianne Nyatcha / Africa Radio

Le conteur guinéen Moussa Doubouya, dit « Petit Tonton Conteur » de passage dans nos studios à Paris, revient sur sa carrière. Il partage avec nous sa passion pour les contes dont il est devenu l'un des promoteurs majeurs dans son pays .

Au regard de votre parcours et de nombreux prix remportés, ne devriez-vous pas songer peut-être à changer de nom ? Vous n'êtes plus le petit, enfant conteur débutant de 2003 ? 

Mais vous savez, on n'est jamais petit en Afrique et surtout je retiens cette phrase de ma mère qui dit que c'est le petit serpent caché qui a toutes les chances de grandir .Donc j'ai envie de grandir encore plus, voilà pourquoi je garde encore ce nom "Petit Tonton''. 

C'est surtout cette envie de grandir, je me dis toujours que je suis un enfant en quête de savoir, de savoir ancestral mais aussi en quête de savoir moderne.  

Garder ce nom, c'est un peu rester dans votre humilité, de dire « je ne sais toujours pas grand-chose, j'ai envie encore d'en savoir plus » ? 

Exact, on ne finit jamais d'apprendre, jamais;  donc moi j'ai envie d'apprendre, je pense que je ne suis qu’au début. 

 

 

Qu'est-ce qui vous reste à apprendre ? 

Être conteur africain, c'est avoir une grande responsabilité, c'est-à-dire de porter l'histoire de tout un continent et moi je ne connais que le mandingue pour l'instant. Donc j'ai en vue de connaître l'histoire de l'empire du Ghana, l’histoire jusqu’en Afrique du Sud. Être conteur africain, ce n'est pas apprendre un livre, et venir le raconter, c'est aussi partager des valeurs culturelles, des valeurs humaines, des valeurs traditionnelles, et ça il y en a beaucoup, il y en a tellement qu’on a besoin de plus qu'une vie pour les apprendre et les transmettre. 

Donc vous ne finirez jamais d'apprendre ? 

Non, parce que je suis déjà les traces des anciens,  de mes prédécesseurs, de mes aînés, je fais ma part et après ceux qui viendront, prendront la relève. 

J’évoquais votre parcours, "Petit tonton conteur".... Vous êtes devenu un artiste polyvalent puisqu'aujourd'hui vous êtes comédien, conteur, metteur en scène aussi. Vous êtes lauréat de divers prix dans votre pays, la Guinée, et vous avez obtenu la médaille d'argent aux huitièmes jeux de la francophonie dans la catégorie « contes et conteurs » en  2017 à Abidjan. Vous êtes également initiateur du « Café des conteurs » et « de la Grande Nuit du conte en Guinée ». Est-ce qu’aujourd'hui, vous estimez que vous êtes un artiste comblé professionnellement ? 

Je vais dire que je suis un artiste qui a beaucoup d'expériences, et qui a beaucoup de cordes à son arc pour pouvoir faire son art. C'est-à-dire que moi j’ai commencé par le théâtre en 2003, ensuite j'ai travaillé avec des danseurs, j’ai travaillé avec des acrobates, et aujourd'hui dans le conte, j'essaye de mettre toutes ces expériences au service du conte. 

Donc le conte que je vais faire, ce n’est pas un conte vraiment traditionnel de chez traditionnel, mais j'utilise un élément de notre culture pour transmettre des messages, des valeurs. Dans le théâtre, on utilise le conte, la musique, la danse, etc. 

C'est un art complet, qui fait appel à toutes les autres disciplines artistiques, donc oui venir du théâtre pour faire du conte, c'est venir armé  avec plein d'outils nécessaires pour être bon conteur. 

Quels sont vos thèmes favoris et comment choisissez-vous vos sujets ? 

Alors ça dépend de l'environnement, ça dépend aussi des faits de société, parce que le compte aussi c'est cela, c'est savoir rebondir sur des choses, savoir profiter des occasions, car le conte suit le rythme de la vie d'une société. Dans les mariages, les baptêmes, à toutes les occasions, le conte est là pour nous rappeler qui nous sommes, les problèmes de la société, partager des valeurs par rapport à telle ou telle situation, donc les thèmes viennent en fonction de la situation, en fonction du public, en fonction du lieu … 

Est-ce qu’on dirait qu'un compteur est aussi un humoriste ? 

Oui puisqu’il y a des contes humoristiques, oui, le compteur peut être humoriste pour mieux faire passer les messages.

Mais l'objectif n'est pas le même, il cherche à faire rire alors que le conteur c'est parfois des leçons, des messages qu'il veut passer … 

Oui, pour l'humoriste, c’est son objectif principal. Voilà pourquoi dans un spectacle d'humour, on ne peut pas faire de minutes sans rire, mais dans le conte on peut faire dix minutes sans rire puisque c'est la morale ou en tout cas, il y a beaucoup de leçons. Dans chaque conte, il y a au moins deux leçons de morale. 

 

Et quelles sont les leçons de morale que vous passez très souvent dans vos contes ? 

 Alors, c’est souvent l'amour, l'importance de l'amour L’importance de la vie en société, du partage, et surtout de l'environnement, parce que je suis entrain de faire des collectes de contes populaires et mon premier livre qui est sorti, c’est un livre de contes illustrés et ça parle beaucoup de l'environnement. 

Vous êtes donc de passage dans nos studios mais en chemin pour la Belgique, où vous participez à un festival le 26 juin prochain. 

Je travaille avec la Flandre, en Belgique, sur un projet d'échange, ça s'appelle « la World claps », c’est-à-dire « Les applaudissements du monde ». 

Moi je viens avec une conteuse belge, Flandre, animer des ateliers de contes dans les écoles primaires. L'idée c'est de faire découvrir les contes africains aux enfants, et inversement la conteuse belge vient aussi en Guinée pour faire pareil. On travaille sur ce projet depuis deux ans, et la première phase se termine par ce festival. 

Décryptage : la carrière du conteur guinéen Moussa Doubouya, dit « Petit Tonton Conteur »