Egypte: grève de la faim d'un médecin prodémocratie détenu depuis 2018

AFRICA RADIO

13 février 2022 à 18h51 par AFP

Une figure de la société civile prodémocratie en Egypte a entamé une grève de la faim pour dénoncer son maintien en détention préventive depuis plus de trois ans, a annoncé dimanche la plus importante ONG des droits humains du pays.

Walid Shawky, médecin de 35 ans, avait été en 2008 l'un des fondateurs du Mouvement du 6 avril, qui mobilisa trois ans plus tard des millions d'Egyptiens lors de la révolte ayant renversé le président Hosni Moubarak. M. Shawky avait été emprisonné le 14 octobre 2018 pour "appartenance à une organisation terroriste". Cette appellation d'abord réservée à la confrérie des Frères musulmans a été étendue à l'ensemble des partis et associations libérales liés à la "révolution" de 2011 après la prise du pouvoir d'Abdel Fattah al-Sissi en 2013. Après 22 mois de détention --la préventive en Egypte n'est légalement pas censée excéder deux années-- M. Shaky avait été déclaré libérable, bien que toujours poursuivi. Il n'a toutefois jamais été relâché et a même été aussitôt inculpé dans une autre affaire, une technique à laquelle recourt régulièrement le régime de M. Sissi pour prolonger indéfiniment la détention préventive, selon des ONG. "Il a été accusé d'avoir participé à une manifestation alors qu'au moment où elle se déroulait, il était en prison", rapporte l'Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR). Elle ajoute que l'un de ses avocats, qui défend M. Shawky, a été informé dimanche par l'épouse de ce dernier qu'il ne se nourrirait plus à compter du même jour. L'Egypte, avec plus de 60.000 détenus d'opinion selon des ONG, est régulièrement montrée du doigt pour son bilan des droits humains, "catastrophique" selon Amnesty International. Les Etats-Unis, qui estiment que le pays viole les droits humains dans tous les domaines --du travail des enfants aux exécutions extrajudiciaires--, ont en conséquence gelé 10% de leur aide. Le militant palestinien Ramy Shaath, libéré début janvier d'une prison égyptienne après plus de 900 jours de détention, a raconté à l'AFP des "traitements inhumains", avec "18 à 32 personnes dans une cellule de 23 m2" et "très peu de nourriture". M. Sissi, lui, a présenté à l'automne sa "stratégie nationale pour les droits humains". Il insiste sur le fait que l'éducation, la santé ou l'électricité sont des droits plus nécessaires que celui, par exemple, de rassemblement, quasiment interdit dans le pays.