Eswatini sous tension, un an après les morts des manifestations pro-démocratie

AFRICA RADIO

29 juin 2022 à 11h21 par AFP

Les deux principales villes d'Eswatini sont placées mercredi sous haute surveillance, un an jour pour jour après les premiers morts d'une vague de manifestations pro-démocratie qui ont secoué pendant plusieurs mois ce petit royaume d'Afrique australe, a constaté l'AFP.

La police et l'armée, lourdement déployées, ont patrouillé toute la nuit de mardi à mercredi dans la capitale Mbabane et Manzini, à environ 40 km, selon des témoignages. Des habitants ont raconté n'avoir pu dormir en raison des incessants survols d'hélicoptères à basse altitude: "J'ai cru que mon toit allait être soufflé. Si j'avais eu une arme, je l'aurais abattu", a dit à l'AFP une habitante d'une banlieue de Mbabane qui souhaite rester anonyme. Dans la matinée, la police et l'armée étaient toujours déployées dans les deux villes, ont constaté des journalistes de l'AFP. Les rues y étaient quasiment désertes, les arrêts de bus vides, les transports publics à l'arrêt et de nombreux commerces fermés. Alors que des organisations pro-démocratie ont appelé à commémorer "les héros de la lutte tombés au combat" l'an dernier, aucun incident n'a été signalé à ce stade à Mbabane et Manzini, mais des routes ont été bloquées et des pneus brûlés dans des zones plus reculées, selon des témoins. Les protestations sont rares en Eswatini, anciennement appelé Swaziland, petit pays pauvre et enclavé et dernière monarchie absolue d'Afrique. Le roi y nomme les ministres et contrôle le Parlement, et les partis politiques sont interdits depuis près de 50 ans. Mais fin juin 2021, une contestation qui couvait pour réclamer l'avènement de la démocratie s'est intensifiée. Dans la nuit du 29 au 30, huit manifestants avaient été tués dans des affrontements avec les forces de l'ordre. Les victimes étaient principalement des jeunes, à l'origine de la contestation. Rejoint rapidement par les syndicats, le mouvement s'est poursuivi pendant plusieurs mois, mais les manifestations sont peu à peu devenues sporadiques. La violente répression a fait officiellement 37 morts, 46 selon l'ONG Human Rights Watch. Plus de 250 protestataires, qui ont pillé et incendié des propriétés du roi, ont été blessés. Un couvre-feu avait été temporairement instauré, et l'internet bloqué. Couronné en 1986 à l'âge de 18 ans, le roi Mswati III est décrié pour sa poigne de fer, ses frasques et son train de vie fastueux dans un pays où deux tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté.