Feu vert de la justice marocaine pour extrader un Saoudien chiite (avocat)

La justice marocaine a rendu un avis favorable à l'extradition d'un Saoudien chiite issu d'une famille de militants, détenu depuis la mi-janvier au Maroc, a-t-on appris jeudi auprès de sa défense.

AFRICA RADIO

2 février 2023 à 13h51 par AFP

La cour de cassation de Rabat "a malheureusement répondu favorablement à la demande d'extradition de Hassan Al-Rabie. Aucun pourvoi n'est possible", a déclaré à l'AFP son avocat Mohamed Sebbar. Cette décision sera transmise au ministre de la Justice qui l'adressera au chef du gouvernement pour signature du décret d'extradition, selon la procédure d'usage. "Il n'y a aucune preuve contre Hassan", a affirmé à l'AFP son frère Ahmed, installé au Canada, accusant le gouvernement saoudien d'avoir "acheté" la décision de la justice marocaine. "Hassan sera livré à un pays criminel qui lui coupera la tête", s'est-il inquiété. Hassan Al-Rabie, 26 ans, a été arrêté le 14 janvier alors qu'il s'apprêtait à quitter le Maroc pour la Turquie en vertu d'un mandat d'arrêt émis en novembre par Ryad, selon son frère. D'après le mandat d'arrêt, consulté par l'AFP, il est accusé d'avoir "quitté le royaume (saoudien) de manière illégale avec l'aide d'un terroriste". L'Arabie saoudite, comme d'autres régimes de la région, utilise régulièrement les accusations de terrorisme contre les critiques du pouvoir. Hassan Al-Rabie est originaire de l'est du royaume, où vit une importante minorité chiite qui se plaint de discriminations. Selon son frère Ahmed, les autorités saoudiennes cherchent surtout à faire "pression" sur lui pour retrouver leur frère Mounir, un dissident. Les autorités saoudiennes avaient déjà arrêté Hassan, en février 2021, ainsi que deux autres de ses frères. L'aîné, Ali, est toujours détenu et a été condamné à mort en novembre dernier, selon Ahmed Al-Rabie. L'ONG Mena Rights Group a appelé à ne pas l'extrader au regard "des risques fondés de torture auxquels il serait confronté". Amnesty international et Human Rights Watch (HRW) ont également exhorté Rabat à ne pas l'expulser vers son pays d'origine. Les rares manifestations en Arabie saoudite dans le sillage des printemps arabes de 2011 ont eu lieu dans cette région de l'est, et de violents affrontements y ont opposé protestataires et forces de l'ordre en 2017. En mars 2022, l'Arabie saoudite avait exécuté 81 personnes en une journée, dont beaucoup issues de la minorité chiite, provoquant l'ire des ONG et de l'ONU.