France: l'ex-jihadiste Jonathan Geffroy condamné à 18 ans de réclusion

AFRICA RADIO

23 janvier 2023 à 21h21 par AFP

L'ex-combattant de l'organisation Etat islamique (EI) Jonathan Geffroy, un Français présent en zone irako-syrienne de février 2015 à février 2017, a été condamné lundi à 18 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises spéciale de Paris pour association de malfaiteurs terroriste.

La cour a suivi à la lettre les réquisitions du Parquet national antiterroriste (Pnat) qui avait mis en doute la sincérité du repentir de ce converti de 40 ans qui avait rejoint la Syrie en février 2015 avec sa femme, jugée à ses côtés également pour AMT, et leur fils, alors âgé de deux mois. Le tribunal s'est montré en revanche plus clément pour Latifa Chadli, 40 ans, l'épouse marocaine de Jonathan Geffroy, qui a été condamnée à cinq ans de prison dont trois assortis du sursis probatoire. Le parquet avait requis sept ans de prison, assortis d'une période de sûreté des deux tiers à son encontre. Ayant déjà purgé deux ans de détention provisoire, Mme Chadli, qui comparaissait libre, ne retournera pas en prison. La mère de Jonathan Geffroy, Denise P., jugée pour financement d'entreprise terroriste après avoir envoyé plus de 18.000 euros à son fils quand il se trouvait en zone irako-syrienne, a été condamnée à trois ans de prison avec sursis. Elle encourait 10 ans de prison. Poursuivi pour association de malfaiteurs terroriste et abandon de mineur - pour avoir emmené son fils dans une zone de guerre, Jonathan Geffroy avait mis en avant sa collaboration avec les autorités françaises, dès novembre 2016, alors qu'il se trouvait encore à Raqqa, un des fiefs de l'EI. Mais les enquêteurs de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI, renseignements intérieurs) qui ont témoigné à la barre et l'avocate générale du Pnat ont minimisé l'importance des informations données par Jonathan Geffroy aux autorités, dont le projet de l'organisation islamiste d'envoyer des enfants-soldats en Europe pour y commettre des opérations suicide. "Jonathan Geffroy est un opportuniste qui voulait vivre une vie de pacha" en zone irako-syrienne, a estimé l'avocate générale dans ses réquisitions. S'il a décidé de quitter l'Etat islamique c'est "parce que la situation sur zone était devenue très difficile", a-t-elle insisté. M. Geffroy, en détention depuis 2017, encourait jusqu'à 30 ans de réclusion criminelle. Lors de son interrogatoire, vendredi, Jonathan Geffroy, avait expliqué sans faux-semblants son parcours au sein de l'Etat islamique. "Quand j'arrive en Syrie (en février 2015), je suis fier d'être sur place. On se construit un monde, on se construit une bulle", avait-il admis. "J'avais mis sur un piédestal l'Etat islamique parce qu'ils avaient conquis beaucoup de territoires. Cette dimension de puissance m'a nourri. Je suis complètement sous leur emprise à cette période-là. Fier. Fier d'avoir des armes. Je me sens bien, je rencontre des gens du monde entier qui pensent comme moi. Je suis dans une utopie totale", avait-il reconnu en assumant pleinement sa responsabilité. "Avant le 14 juillet 2016 (date de l'attentat de Nice, ndlr), je ne regardais pas la vérité en face. Aujourd'hui, j'ai déconstruit tout ça. Et si je veux être honnête, alors que j'étais parti avec la volonté d'aider les Syriens opprimés par Bachar al-Assad, en fait je ne les ai jamais aidés", avait-il longuement expliqué à la cour.