France : « Si la santé était une priorité, on aurait augmenté les salaires. » (syndicat)

Manifestation hôpital

9 juin 2022 à 21h35 par Lilianne Nyatcha / Africa Radio

Pour répondre au problème de l’hôpital public en France, le président Emmanuel Macron a fait une série d’annonces dont le lancement d’une mission flash d’un mois sur les soins programmés et l’organisation le mois prochain d’une conférence des parties prenantes sur la santé. Mais pour les personnels, les priorités sont ailleurs. C'est ce que souligne Patrick Pelloux, président de l’association des médecins urgentistes de France interrogé par Lilianne Nyatcha.

Pourquoi estimez-vous que ces mesures ne répondent pas aux inquiétudes du personnel médical ?

Ça ne répond pas dans la mesure où les personnels réclament des aménagements sociaux, des augmentations de salaire, des embauches…Lui ne répond pas aux attentes. Il répond en faisant un rapport. Ça ne sert à rien car le dernier rapport date de seulement avril. Il avait été fait par le sénat.

Vous parlez d’augmentation de salaire et d’embauche. Mais l’hôpital public en France souffre d’autres problèmes comme l’insuffisance de lits. Face à la multiplicité de ces urgences, par quoi faut-il commencer ?

Par l’augmentation des salaires. Tout commence par là parce que la vie est devenue très difficile pour les personnels et les écarts entre les salaires du public et du privé sont connus. Du coup les personnels veulent bien compenser en gagnant plus d’argent dans le privé. Au privé, les médecins touchent cinq fois plus que ce qu’ils gagnent au public. C’est considérable.

Très clairement pour vous, l’hôpital public n’est plus attractif ?

Plus du tout attractif. Les personnels le voient. Par exemple, une infirmière après ses études travaille sept ans et elle arrête. Ça n’intéresse plus personne.

Au-delà des salaires, quels sont les autres facteurs qui ont pu conduire l’hôpital public français dans un tel état ?

Ça fait à peu près 20 ans que les politiques essaient de fermer des lits, des hôpitaux, des structures et d’avoir une espèce de gestion des ressources humaines qui s’apparente à une sorte de narcissique pervers…Donc les gens ne restent pas, ils s’en vont.

Le patron des hôpitaux de Paris a fait une série de propositions au président Macron pour refonder l’hôpital public. Par exemple, il propose une réforme du statut hospitalier et la suppression des hiérarchies parallèles dans les établissements. Ces propositions sont-elles, selon vous, susceptibles de régler le problème?

Les propositions de Martin Hirsch sont très contestables et très réducteurs. Je ne pense pas que la solution soit la suppression du statut hospitalier de la fonction publique. C’est beaucoup plus compliqué que ça. Ce qu’il faut, c’est en effet redynamiser et rendre assez attractif le domaine.

Neuf organisations de soignants ont appelé à un mouvement de grève . Quel est le message que vous voulez faire passer au gouvernement ?

On veut éviter la casse du service public.

La première ministre Elisabeth Borne a pourtant déclaré que la santé était une urgence. Alors, pourquoi maintenir la grève ? C’est comme si les syndicats pensaient que ces engagements ne sont pas traduits dans les actes…

Je n’y crois pas trop. Je ne pense pas que la santé soit une priorité pour la première ministre. Parce que ça l’aurait été qu’elle aurait augmenté les salaires. 

France : « Si la santé était une priorité, on aurait augmenté les salaires. » - Patrick Pelloux

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