France: un prix pour récompenser une oeuvre retraçant les destins des Harkis

AFRICA RADIO

7 décembre 2022 à 14h51 par AFP

Un prix "pour valoriser l'histoire des Harkis et leur parcours" a été lancé mercredi par une commission nationale indépendante française afin de récompenser une oeuvre artistique ou intellectuelle retraçant les "destins dramatiques" des Harkis.

"Sur les deux rives de la Méditerranée, rares sont les oeuvres qui traitent de l'histoire des Harkis", relève un communiqué de la Commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les Harkis (CNIH). "Alors que l'Etat français cherche à effectuer un travail mémoriel de fond sur leurs parcours de vie, il semble important d'identifier les objets intellectuels qui, par le médium artistique, retracent les destins dramatiques des Harkis pour les mettre en valeur". Les Harkis sont ces Français musulmans - jusqu'à 200.000 hommes - recrutés comme auxiliaires de l'armée française pendant la guerre d'indépendance algérienne (1954-1962), abandonnés par la France à l'issue de ce conflit et victimes de représailles. A la fin de la guerre, plusieurs dizaines de milliers de Harkis et leurs familles, évacués en France, sont parqués dans des "camps de transit et de reclassement" gérés par l'armée française, aux conditions de vie indignes et traumatisantes, certains entourés de barbelés et placés sous surveillance, et où des bébés et enfants perdront la vie. Aujourd'hui, la CNIH estime que les "oeuvres qui traitent de l'histoire des Harkis sont rares et peu connues du grand public". Elle souhaite "valoriser l'histoire des Harkis, leurs parcours, et ce en récompensant une ou plusieurs productions intellectuelles ou artistiques remarquables qui traitent de l'histoire des Harkis de manière singulière". Elle entend aussi "encourager le développement d'une activité artistique et universitaire" sur le sujet. Toute personne ayant créé ou participé à la création d'une production intellectuelle ou artistique dans les cinq ans précédant la sélection peut se porter candidate au prix. Les candidatures sont acceptées jusqu'au 30 avril prochain. Le prix sera remis pendant les jours qui précèdent la journée nationale d'hommage aux Harkis. En 2023, elle aura lieu le 21 septembre. La CNIH a été mise en place dans le cadre de la loi de reconnaissance et de réparation envers les Harkis, promulguée le 23 février dernier après avoir été annoncée par le président français en septembre 2021. Emmanuel Macron avait alors demandé "pardon" aux Harkis au nom de la France pour leur "tragédie" vécue, et promis une "réparation". La commission est chargée de réaliser un travail mémoriel sur l'histoire des Harkis et les conditions dans lesquelles ils ont été accueillis sur le sol métropolitain. Elle travaille également sur la réparation des préjudices qu'ils ont subis. Sur les 23.000 demandes d'indemnisation reçues par la Commission depuis sa mise en place, 4.008 dossiers ont déjà été traités - dont 127 ont été rejetés - pour un montant moyen de réparation individuel de 8.600 euros, a précisé mercredi lors d'un point de presse à Paris le président de la CNIH, l'ancien ministre de la Défense Jean-Marie Bockel. Ces indemnisations varient de 2.000 à 16.000 euros. La Commission prévoit de remettre un rapport annuel à la Première ministre Elisabeth Borne à la mi-avril, présentant notamment des propositions d'amélioration du dispositif de réparation. Un site internet "harkis.gouv.fr" sera lancé au printemps, un "site de référence qui présentera ce qu'est l'histoire des Harkis", a précisé le préfet Marc Del Grande, secrétaire général de la CNIH. Le site proposera notamment "un centre de ressources", des "témoignages" sur le sujet et des "contenus pédagogiques" à l'attention des enseignants qui souhaitent parler de l'histoire des Harkis.