Gabon : « Qu'il soit candidat, c'est son problème à lui. Bongo est vomi par la population», Pr Albert Ondo Ossa (opposition)

Albert Ondo Ossa, ancien ministre de l'enseignement supérieur du Gabon

28 juin 2022 à 14h43 par Lilianne Nyatcha / Africa Radio

Quel est le climat politique au Gabon à un an de la présidentielle ? Ali Bongo qui a effectué quelques déplacements ces derniers jours à l'intérieur du pays devrait t-il se représenter ? L'adhésion du Gabon au Commonwealth peut -elle réellement être bénéfique pour le pays ? L’opposant Albert Ondo Ossa, ancien ministre de l'enseignement supérieur du Gabon et candidat à l'élection présidentielle de 2009 s'exprime sur ces sujets et bien d'autres.

Vous vous définissez désormais comme un acteur de la société civile, producteur d'idées. Auriez-vous pris votre retraite politique ?

Non, je n’ai pas pris de retraite politique. Je reste un acteur politique tout en faisant partie de la société civile. Parce que je n'ai pas de parti politique, je n’ai adhéré à aucun parti politique. Lorsque je suis entré au gouvernement en 2006, c’était en qualité de membre de la société civile.

Vous avez récemment affirmé que les décisions hasardeuses prises à l'emporte-pièce au sommet de l’État favorisent la destruction du Gabon et handicapent le bien-être des gabonais. Pouvez-vous nous donner quelques exemples de ces décisions hasardeuses ?

La première qui est d'actualité c'est la situation de deux caisses de sécurité sociales : la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et la Caisse nationale d'assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS) . C’est catastrophique. Et quand on regarde cette situation-là, on se rend compte qu'il y a eu effectivement des mauvaises décisions qui ont été prises et qui impactent véritablement la vie des gabonais. Aujourd'hui au Gabon, les retraités ne sont pas payés et ils ont entrepris un mouvement de grève. Tout ça se passe dans des conditions véritablement graves pour des gens qui ont travaillé et cotisé et qui sont oubliés quand il s’agit de jouir des fruits de leur travail. C'est désolant.

Le président Ali Bongo s'est rendu en début du mois à Franceville et sa visite prévue ce lundi à Port-Gentil a été annulée. Serait-il déjà en campagne pour la présidentielle de l'année prochaine ?

Moi, je ne m’intéresse pas à Bongo. Pour moi Bongo c'est du passé, le Parti Démocratique Gabonais (PDG) est véritablement caduc. Il faut regarder l'avenir. J'ai critiqué le PDG et Bongo en son temps. Il faut reconstruire le Gabon et cela ne se fera pas avec Bongo car avec lui, il n’y a aucune idée ou perspective nouvelle.

 

 

Mais n’empêche qu’au vue des mouvements de ces derniers mois, on a bien le sentiment qu'il sera candidat l'année prochaine.....

Qu'il soit candidat, c'est son problème à lui. Bongo est vomi par la population. Les Bongo n’ont d’ailleurs jamais gagné d'élection. Il y a une différence qu'on fait ici entre les résultats des urnes et le fait qu'on soit proclamé candidat par des institutions agréées.

Mais pensez-vous qu'il suffit de proclamer la fin des Bongo pour que ce soit la réalité ? Pour l'instant, Ali Bongo est bien au pouvoir et rien ne l'empêche de se présenter l'année prochaine....

Je ne juge pas Ali Bongo. Je ne lui demande pas de se présenter ou pas. Ça c'est son problème. Ce que je dis aux Gabonais ,car c’est eux qui m'intéressent, c’est que je souhaite que les Gabonais s'accrochent à mon discours, apprécient les propositions que je leur fais.

Donc vous êtes candidat ?

Je me suis déclaré comme étant candidat à la candidature sur la base de deux choses : je n’appartiens à aucun parti politique et je suis membre de la société civile. Je m'adresse aux Gabonais pour dire que finalement c'est la société civile qui vote. Si les Gabonais trouvent majoritairement que mes idées accrochent et qu’il peuvent faire de moi un candidat, alors je le serai. Dans le cas contraire, s’il y a quelqu’un d’autre -je ne prétends pas être le meilleur ni le seul dont les idées vont dans le même sens-, je me mettrai derrière lui. Voilà pourquoi je me suis déclaré comme candidat à la candidature…

De l'opposition ?

Oui de l’opposition, disons cela ainsi. Sinon n’ayant pas de parti, je n’appartiens pas à l’opposition de manière globale. Je peux me considérer comme de l’opposition, parce que je n’appartiens pas au pouvoir non plus. J'avoue que je me démarque effectivement des idées partisanes et dans ce cas-là, je prône la realpolitik qui consiste à miser sur l’intérêt du Gabon, en particulier.

Un opposant gabonais Gérard Ella Nguéma a tenté sans succès d'organiser récemment une manifestation pour demander le départ du dispositif français au Gabon. Est-ce que vous soutenez cette initiative ?

Alors pas du tout . Je pense qu’il fait fausse route. Aujourd'hui, la France et la françafrique sont une donnée. Elle s'impose à nous. Lorsque c'est une donnée c'est un combat de longue haleine et le problème c'est de savoir ce qu'on y gagne. C'est « step by step » , niveau par niveau.

Mais que gagnent donc les gabonais ? Parce que pour cet opposant, le dispositif militaire français au Gabon ne sert qu'à protéger le président Ali Bongo.

Une déclaration ne suffit pas. On peut crier, on peut parler dans la rue, on peut gesticuler… Ce n'est pas cela qui peut avancer les choses. Lorsque vous avez un adversaire qui est plus puissant que vous, vous cherchez à négocier avec lui.

Le leader syndical Jean Rémy Yama est en détention provisoire depuis trois mois pour abus de confiance. Très malade, sa vie serait en danger selon ses avocats. Êtes-vous vous aussi inquiet pour sa vie ?

Je suis inquiet parce que c'est un collègue de l'université. Mais encore une fois, crier ne va pas résoudre le problème. Ce qu’il faut, c’est les voies souterraines. Il y a des opposants qui ont les entrées effectivement au pouvoir, qui ont des liens avec certains agents du pouvoir, qui peuvent quand même essayer de savoir. Le dossier est vide, il doit être relaxé.

Le Gabon vient d'adhérer au Commonwealth. Quel profit peut-il en tirer ?

J'ai cherché, il n’y a aucun intérêt à adhérer au Commonwealth. Nous ne sommes pas un pays anglophone, nous n'avons pas une histoire avec des anglophones. Il ne nous apporte rien du tout. 

Décryptage sur le climat politique au Gabon à un an de la présidentielle