Gambie: le principal challenger appelle ses supporteurs au calme

Par AFP

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Le principal adversaire du président sortant de la Gambie a dit lundi qu'il irait devant la justice si nécessaire pour contester les résultats de la présidentielle, mais a appelé ses supporteurs au calme en invoquant la saison touristique en cours.

"Allez déjeuner et dispersez vous", a dit Ousainou Darboe à des dizaines de sympathisants réunis devant chez lui près de Banjul. Ousainou Darboe, avocat et défenseur des droits humains, est arrivé deuxième de la présidentielle avec 27,7% des voix, loin derrière les 53% des voix attribués officiellement au sortant Adama Barrow à l'issue de cette élection qui mettait aux prises six candidats en un seul tour. Les partenaires étrangers de ce pays pauvre de deux millions d'habitants sorti en 2016 de plus de vingt ans de dictature sont attentifs à l'acceptation ou non des résultats officiels. Ils jugent important que le processus se déroule sans heurts pour une démocratie encore fragile. Il s'agit de la première transition ouverte depuis la dictature de Yahya Jammeh. M. Darboe, 73 ans, et deux autres des six candidats ont contesté dès dimanche les résultats proclamés. Ils ont dit avoir lancé des investigations, sans spécifier leurs griefs contre le vote. "Si nos avocats nous fournissent des preuves, nous irons devant la justice", a-t-il dit lundi. Mais "j'appelle ici à la retenue, ce pays est un pays pacifique et je ne veux voir de comportement violent de la part de personne", a-t-il dit. Il a souligné que le pays tropical au bord de l'Atlantique était en pleine saison touristique et qu'il ne voulait pas que des troubles fassent fuir les voyageurs. La Gambie a durement souffert du Covid-19, qui a tari les fux d'étrangers, principal sources de revenus avec l'agriculture et les transferts d'argent de la diaspora. L'élection a été suivie par une multitude d'observateurs gambiens et étrangers. La mission d'observation de l'Union européenne a salué une campagne avec une véritable compétition et une forte participation. Elle a parlé d'une "avancée démocratique". Mais dans un rapport préliminaire constrasté, elle a souligné la persistance de "failles critiques, de restrictions et d'incertitudes légales" parce que la Constitution et la loi électorale n'avaient pas été réformées. Elle s'est inquiétée de la "monétisation" de la campagne, autrement dit la distribution de dons, qui a conféré "au sortant un avantage indû". Elle a relevé la propagation d'infox via WhatsApp, la "rhétorique tribale", et la sous-représentation des femmes dans les premiers rôles, même si elles ont pris une part active à la campagne. Les six candidats étaient tous des hommes. La Commission nationale des droits humains a vu dans l'élection, malgré des problèmes techniques limités, la "manifestation de notre progression démocratique".