Il leur disait « préservez-vous, pas de fornication . Il y a eu des enfants métis et ça nécessite que la pape François s'y penche »

Edmond Kamguia ,éditorialiste au groupe de presse camerounais Nouvelle Expression/ Equinoxe Tv

28 juillet 2022 à 13h20 par Lilianne Nyatcha Africa radio

Le pape François en visite au Canada a présenté les excuses de l'église catholique aux survivants et aux chefs autochtones de l’Alberta, dont les enfants avaient été maltraités dans des pensionnats pour autochtones. Après ses excuses, il a invoqué le temps de la guérison pour soigner les blessures provoquées par ces mauvais traitements infligés pendant plus d’un siècle. Mais Edmond Kamguia ,éditorialiste au groupe de presse camerounais Nouvelle Expression/ Equinoxe Tv et théologien, estime que le Pape François doit aussi se pencher sur des crimes similaires de l’église catholique en Afrique .

Pourquoi ces excuses arrivent-elles seulement maintenant ?

Je pense que c'est sûrement lié au calendrier du pape François. Donc c'est en fonction de son calendrier qu'il a dû prévoir ce voyage là et les actions pour lesquelles il s'est rendu au Canada. Et C'était attendu il faut le dire, par les catholiques du canada parce que c'était un problème qui minait pendant de nombreuses  décennies le paysage social ou la vie religieuse au Canada par rapport aux actions , aux dérives de l'église catholique dans cette partie de l'Amérique du nord. Je pense personnellement en tant que théologien que c'est une bonne chose que le pape qui est la plus haute personnalité de l'église catholique, aille là où les fidèles ont des frustrations, pour dire ce qu'il pense en tant que représentant de l'Etat du Vatican. Et notamment il faut apaiser les cœurs parce que c'est de ça qu'il s'agit en ce moment, c'est apaiser les cœurs et dire que l'église catholique est compatissante chaque fois qu'un problème a été créé soit par les fidèles de l'église catholique ou alors dans des circonstances où l'humanisme a été touché, affecté.

 

C'est important de reconnaître que la douleur qui a été causée à cet endroit a été excusée au même endroit a déclaré un des chefs autochtones. Pourquoi les prédécesseurs du pape François jusque-là n'ont pas pu effectuer ce pèlerinage de pénitence pour reprendre les mots du pape François?

Bon, on ne peut pas en vouloir aux prédécesseurs du pape François. D'abord Jean-Paul II a eu en son temps à demander pardon au nom de l'église catholique pour des faits qui se sont passés à l'époque en Amérique Latine. Il y a eu des cas. La différence est qu'il ne faut pas oublier que le pape François vient d'une congrégation qui a une façon de se comporter notamment dans la congrégation des Jésuites. Vous savez chez les jésuites , il y a ce qu'on appelle le discernement qui est encore plus poussé par rapport aux autres congrégations. L'église catholique s'est rendue compte que les déclarations au Vatican même dans un message lu ne suffisait pas. Il faut se déplacer, aller là où la douleur s'est matérialisée, s'est concrétisée et parler au peuple de Dieu. Je partage cette approche, ce n'est pas pour dire que les autres ont failli, c'est pour dire simplement que le pape François vient d'une congrégation qui a une autre façon de voir les choses et je pense que c'est bien pour l'église catholique que le chef de cette église se rende sur le terrain là où s'est déroulé j'allais dire, le forfait, là où s'est déroulé le crime, là où les exactions ont eu lieu pour dire non seulement des mots qui apaisent les populations mais pour promettre au peuple de Dieu et particulièrement dire aux prêtres, aux évêques, aux archevêques, aux cardinaux que plus jamais ça.


Et parlant de crimes, on rappelle que plus de cent cinquante mille enfants autochtones avaient été enlevés à leurs familles et placés dans ces pensionnats entre la fin des années 1800 jusqu'en 1996, année de fermeture du dernier pensionnat ,et au moins 4000 enfants sont morts de maladie, de négligence, d'accident ou de violence. Certaines familles ne savent même pas où ils ont été enterrés. Elles réclament l'ouverture des documents permettant d'établir les conditions dans lesquelles ces enfants sont morts....


Oui je partage l'avis de ceux qui souhaitent une transparence dans les dossiers. Mais en même temps, j’émets des réserves parce que déclassifier ses dossiers là ferait un peu plus mal non seulement à l'église mais même aux familles concernées. Il y a ce qu'on appelle le secret du confessionnal. Donc si on demandait à un prêtre de révéler ce que quelqu'un lui a dit quand il s'est confessé, ça ferait très mal. Des plaies seraient mises à nu, on ne sait pas jusqu'où on pourrait panser ces maux-là. Je suis pour une gestion de ce problème au cas par cas. Pour les familles en question, l'église catholique pourrait trouver les moyens de faire en sorte que les familles directement concernées, les personnes, les victimes concernées puissent avoir suffisamment d'informations et de détails.


Concernant d'éventuelles crimes en Afrique, l'église catholique n'a pas encore fait de démarche de pardon. On pourrait penser qu'il n'y en a pas eu ?


Non, cela ne signifie pas qu'il n'y en a pas eu. Dans la période coloniale et même après les indépendances, il y a eu beaucoup de cas. Des actes semblables ont été commis en Afrique. Je n'aimerais pas vous donner de manière très précise le nom des diocèses où des cas se sont déroulés, mais je peux vous dire qu'il y a eu presque les mêmes exactions. Mais je voulais insister sur des cas particuliers. Les enfants de chœur, ces petits garçons qui accompagnent les prêtres dans le service religieux, ont été régulièrement victimes des actes de pédophilie des prêtres. C'est encore courant ces dernières années en Afrique. Il faut dénoncer cela. Il y a des archevêques que j'ai connus qui ont pu documenter des cas envoyés au Vatican.


Qui sont restés lettre morte ?


Oui oui, ils sont restés lettre morte. Il n'y a pas eu de suivi. Il y a même eu des cas qui sont assez particuliers avant les indépendances notamment au Cameroun. Et même après les indépendances dans certains diocèses, on a connu des cas où les missionnaires prétendument pour former notamment les jeunes filles pour qu'elles deviennent des bonnes épouses, des bonnes ménagères, organisaient des centres dans lesquels on leur apprenait la bonne éducation. Mais selon les sources, les missionnaires d'église m'ont dit que certains prêtres notamment européens abusaient de ces femmes là avant leur mariage alors que d'après la formation qu'ils donnaient à ces jeunes filles pour qu'elles aillent en mariage, il leur disait « préservez-vous, pas de fornication ». Il y a eu des enfants métis et ça nécessite que le pape François s'y penche. L'église doit dénoncer ça de manière claire.


Et demander aussi pardon ?

Et demander pardon également.

« Il y a eu des enfants métis et ça nécessite que la pape François s'y penche »