Kenya: un juge déboute Meta qui voulait annuler des poursuites d'un ex-modérateur

AFRICA RADIO

6 février 2023 à 15h36 par AFP

Un tribunal kényan a débouté lundi Meta, maison mère de Facebook, qui tentait de faire annuler des poursuites engagées par un ancien employé d'un sous-contractant au sujet des conditions de travail.

Une plainte a été déposée par un ancien modérateur de contenus qui travaillait pour Sama, un sous-contractant de Meta chargé d'examiner les messages publiés sur Facebook. Il affirme que le personnel basé au Kenya travaille dans des conditions inhumaines, évoquant du travail forcé, des salaires aléatoires et l'absence de droit de représentation syndicale. Meta a tenté d'obtenir l'annulation de cette affaire, estimant que le tribunal local chargé des relations dans le marché du travail n'avait pas juridiction en la matière car le groupe américain n'est pas implanté au Kenya et n'y a aucune activité. Mais le juge de la Haute cour Jacob Gakeri a rejeté cette requête. "Ma décision est que les deuxième et troisième accusés ne doivent pas être retirés des procédures", a annoncé M. Gakeri, faisant référence à Meta Platforms et à sa filiale Meta Platforms Ireland qui constituent "des parties à part entière". Meta n'était pas disponible dans l'immédiat pour commenter cette décision. La prochaine étape est prévue le 8 mars, notamment pour organiser une audience. Le cabinet d'activistes juridiques basé au Royaume-Uni Foxglove, qui soutient la plainte, s'est dit "extrêmement ravi". "Nous pensons qu'il est approprié que ce procès se tienne au Kenya, où les maltraitances sont survenues", a relevé Cori Crider, directrice de Foxglove, dans un communiqué. L'ONG Amnesty International Kenya a également accueilli cette décision favorablement: il s'agit d'une "étape importante qui affirme l'autorité des tribunaux kényans pour protéger et faire respecter les droits humains fondamentaux". Meta a été critiqué au sujet des conditions de travail des modérateurs de contenus qui disent passer des heures à examiner des messages porteurs de haine et pouvant être perturbants sans qu'il ne soit fait cas de leur bien-être. Le groupe américain est également visé au Kenya dans une autre affaire liée notamment au conflit au Tigré, région du nord de l'Ethiopie en proie pendant deux ans à un conflit sanglant entre le gouvernement fédéral et des rebelles locaux. Un accord de paix a été conclu en novembre 2022. Une ONG kényane et deux citoyens éthiopiens ont déposé plainte début février, réclamant la création d'un fonds de 1,6 milliard de dollars pour les victimes des discours à caractère haineux sur Facebook, insuffisamment combattus selon eux par la plateforme en Afrique. Fin 2021, des réfugiés Rohingya ont lancé des poursuites contre Facebook --demandant 150 milliards de dollars-- qu'ils accusaient d'avoir laissé se propager des messages à caractère haineux. Cette minorité majoritairement musulmane a été ciblée par les dirigeants militaires de Birmanie en 2017 et chassée vers le Bangladesh voisin. L'AFP participe dans une trentaine de pays au "Third party fact-checking", programme de vérification par des tiers développé par Facebook depuis 2016. Une soixantaine de médias à travers le monde font également partie de ce programme. ho/amu/fb/elm/sr [object Object]