L'Egypte, "la république bananière de la peur", dénonce le militant Ramy Shaath

AFRICA RADIO

19 janvier 2022 à 15h06 par AFP

"L'Egypte, c'est la république bananière de la peur", dénonce le militant politique égypto-palestinien Ramy Shaath, arrivé en France le 8 janvier après plus de 900 jours de prison, qui dans une interview au Monde, raconte l'emprisonnement systématique des voix discordantes sous le président Abdel Fattah al-Sissi.

Détenu de juillet 2019 à janvier 2022, Ramy Shaath, fils de l'ex-ministre et négociateur palestinien Nabil Shaath, a selon sa famille été contraint à renoncer à sa nationalité égyptienne pour être libéré. Sur ses 1.800 codétenus, "aucun n'avait été arrêté pour des crimes violents", mais "tous étaient là pour des délits d'opinion", affirme-t-il au journal mercredi. Alors que durant les premiers temps, ils se répartissaient entre "activistes de la révolution", "militants d'ONG", "gens normaux, sans profil politique particulier" ou encore "sympathisants islamistes", "à partir de 2020, cette population a commencé à changer", raconte-t-il. "Les gens sans le moindre passé politique, arrêtés de manière complètement arbitraire, sont devenus la majorité". Il cite ainsi un chirurgien dénoncé parce qu'un de ses fils fredonnait à l'école une chanson reprenant un surnom donné au président Sissi par l'opposition, ou un chauffeur de taxi, incarcéré pendant un an et demi pour avoir "rouspété contre la hausse des prix du gazole". "Le message envoyé par le pouvoir est simple : +Si tu ouvres la gueule, tu es foutu.+ L'Egypte, c'est la république bananière de la peur", lance Ramy Shaath, figure de la révolution de 2011 en Egypte et coordinateur dans le pays du mouvement Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS), prônant le boycott d'Israël dans la lutte contre l'occupation des territoires palestiniens. Il indique avoir été accusé de "participation à une organisation terroriste", sans qu'on lui explique laquelle. Il pense avoir plutôt été emprisonné pour son "militantisme politique". Pendant deux ans et demi, il dit avoir vécu dans une pièce de 23 m2 surpeuplée "avec les murs qui s'effritent, une simple couverture pour dormir, un trou dans le sol en guise de latrines et une douche d'eau froide", mais n'avoir jamais été torturé. "La France a joué un rôle essentiel" dans sa libération, mais "elle peut et doit faire plus" que de remettre aux autorités égyptiennes des listes de personnalités incarcérées, assure-t-il. "Il y a des milliers d'autres détenus, moins connus (...) mais qui méritent tout autant de sortir de prison, quelle que soit leur inclination politique", ajoute-t-il.