L'Espagne ne "tolérera pas" l'usage de l'immigration comme "arme de pression" (Sanchez)

AFRICA RADIO

8 juin 2022 à 11h51 par AFP

L'Espagne "ne tolérera pas" l'usage de "l'immigration clandestine comme arme de pression", a déclaré mercredi le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, dans un avertissement indirect à Rabat avec qui Madrid vient de rétablir ses liens.

La grave crise diplomatique ayant opposé les deux pays durant près d'un an, qui a pris fin mi-mars après un revirement de l'Espagne sur le dossier du Sahara occidental, avait été marquée par l'arrivé mi-mai 2021 de plus de 10.000 migrants en 48h dans l'enclave espagnole de Ceuta, à la faveur d'un relâchement des contrôles par les autorités marocaines. Si Madrid et Rabat sont désormais réconciliés, "l'Espagne ne tolèrera pas l'instrumentalisation de la tragédie de l'immigration clandestine comme arme de pression", a mis en garde M. Sanchez devant les députés espagnols. "Le meilleur instrument, c'est la coopération internationale", a-t-il ajouté, en défendant l'importance de la normalisation des relations avec Rabat. L'apaisement des relations depuis la mi-mars avec le Maroc, d'où partent l'essentiel des migrants vers les côtes espagnoles, a entraîné une chute des arrivées. Selon le ministère de l'Intérieur, le nombre de migrants arrivés dans l'archipel espagnol des Canaries en avril a été inférieur de 70% à celui du mois de février. La crise diplomatique entre les deux pays a été provoquée par l'accueil en Espagne en avril 2021 du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario Brahim Ghali, pour y être soigné du Covid-19. Dans un rapport confidentiel révélé par El Pais et consulté par l'AFP, les services de renseignements espagnols ont affirmé que l'accueil de M. Ghali avait été utilisé par Rabat "comme une magnifique opportunité pour obtenir de plus grandes concessions de notre pays". Ce rapport, rédigé au lendemain de l'arrivée massive de migrants à Ceuta en mai 2021, souligne par ailleurs que le "poids" personnel "de Mohamed VI s'est révélé déterminant" dans cette crise, car "le monarque et son entourage le plus proche ont considéré la décision de l'Espagne (d'accueillir Brahim Ghali) comme une offense directe au Royaume". Madrid a mis fin à cette crise le 18 mars en reconnaissant le plan d'autonomie proposé par Rabat pour le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole, également revendiquée par les indépendantistes sahraouis. Après ce revirement, le roi Mohammed VI a reçu Pedro Sanchez à Rabat le 8 avril pour un "iftar", la rupture du jeûne du ramadan, offert en son honneur. Une marque de l'importance de sa visite aux yeux des Marocains.