La justice tchadienne condamne six opposants à un an de prison avec sursis

AFRICA RADIO

6 juin 2022 à 17h06 par AFP

Six responsables de l'opposition au Tchad, poursuivis notamment pour "troubles à l'ordre public" après une manifestation émaillée d'incidents contre la France, ont été condamnés lundi à un an de prison avec sursis au cours d'un procès expéditif boycotté par les avocats de la défense.

N'Djamena (AFP)

Les six hommes, qui ont été libérés après le verdict, ont été condamnés à "12 mois de prison avec sursis et à payer 10 millions de francs CFA de dommages et intérêts à l’Etat tchadien", environ 15.000 euros, a déclaré à l'AFP Moussa Wade Djibrine, procureur de la République de N'Djamena.Une peine de deux ans de prison ferme avait été requise.

Le procès s'est tenu lundi matin à Moussoro, à 300 km de la capitale N'Djamena.

Arrêtés quelques jours après la manifestation qui s'est déroulée le 14 mai à N'Djamena, les six opposants ont été reconnus coupables d' "attroupement ayant causé des troubles à l'ordre public, atteinte à l'intégrité corporelle de personnes, incendie et destruction de biens". 

Sept stations d'essence du groupe pétrolier français Total avaient alors été vandalisées et 12 policiers blessés durant cette marche de protestation, autorisée par les autorités, contre la France, ancienne puissance coloniale accusée de soutenir la junte au pouvoir, et sa présence militaire.

Les six responsables de l'opposition sont Max Loalngar (coordinateur de Wakit Tamma, la principale coalition de l'opposition), Gounoung Vaima Gan-Fare, (secrétaire général de l'Union des Syndicats du Tchad), Youssouf Korom Ahmat (secrétaire général du Syndicat des commerçants fournisseurs tchadiens), Massar Hissene Massar (président du Rassemblement des Cadres de la société civile), Koudé Mbainassem (président de l'Association pour la Liberté d'expression) et Allamine Adoudou Khatir, ancien ambassadeur.

"Nous allons faire appel, une condamnation avec sursis reste toujours une condamnation", a déclaré à l'AFP Laguerre Ndjarandi, avocat de Wakit Tamma.

"La justice a été clémente, ce n'est pas une mauvaise chose pour apaiser le climat", a de son côté déclaré à l'AFP Abderaman Koulamallah, ministre de la Communication.

"Nous dénonçons le procès à charge engagé contre les leaders de Wakit Tamma, la procédure est entachée d'énormes irrégularités, qui violent allègrement la présomption d'innocence des prévenus et les marches vont se poursuivre", avait déclaré lundi avant l'énoncé du verdict Adoum Soumaine, un porte-parole de la plateforme de l'opposition, dénonçant une "mascarade judiciaire". 

"C'est une pure comédie judiciaire, nous demandons leur relaxe", avait déclaré de son côté à l'AFP l'opposant Succès Masra.

Wakit Tamma considère qu'ils ont été arrêtés à tort pour des "actes de vandalisme" commis par d'autres en marge ou après la manifestation. 

Le 4 juin, l'ordre des avocats du Tchad avait appelé à ce que "des actes forts soient posés dans le sens de l'apaisement du climat social" avec la "libération des personnes détenues, parmi lesquelles deux avocats".

- Dialogue compromis -

Des syndicats, partis politiques d'opposition et ONG internationales ont réclamé la libération "immédiate et sans condition" des opposants.Le gouvernement a pour sa part appelé la justice à faire son travail dans une "procédure judiciaire classique".

Les six militants ont entamé une grève de la faim le 23 mai.

Le 21 mai, les principaux mouvements rebelles ont également exigé leur "libération immédiate et sans condition", affirmant que ces interpellations "ne favorisent pas un climat serein pour la poursuite des négociations de paix" entamées il y a trois mois à Doha entre les innombrables groupes armés tchadiens et le pouvoir.

Ce procès compromet la tenue du dialogue inclusif, censé réconcilier les Tchadiens après les 30 ans de règne d'Idriss Déby Itno sur un pays théâtre de multiples rébellions.

A la mort de l'ancien président, tué au front contre des rebelles il y a plus d'un an, son fils le général Mahamat Idriss Déby Itno avait repris les rênes du pays à la tête d'un groupe de 15 généraux, aussitôt adoubé par la communauté internationale, Paris en tête.

Mahamat Idriss Déby avait alors dissous le Parlement, congédié le gouvernement et abrogé la Constitution, tout en promettant des "élections libres et démocratiques" dans un délai de 18 mois au terme d'un dialogue national entre la junte, les groupes armés et l'opposition. 

Depuis, ce forum qui doit réunir toutes les oppositions politiques et armées selon le chef de l’État, n'a pas pu démarrer, les groupes armés ne parvenant pas à s'entendre avec la junte dans le cadre d'un "pré-dialogue" à Doha et l'opposition politique s'étant retirée de son organisation.