Le pouvoir malien a manqué "l'opportunité politique" offerte par Barkhane, déplore l'armée française

AFRICA RADIO

25 février 2022 à 23h36 par AFP

Le chef d'état-major des armées françaises, le général Thierry Burkhard, a déploré que les pouvoirs successifs au Mali aient manqué "l'opportunité politique" offerte par la présence de la force Barkhane, dont Paris a annoncé le retrait dans les prochains mois.

Dans une interview à Radio France Internationale et France 24 vendredi soir, le général Burkhard a par ailleurs réitéré le rejet par la France de l'exigence des colonels au pouvoir au Mali d'un retrait "sans délai" des militaires français, indiquant qu'il devrait s'achever dans les six mois. "La réalité, c'est que finalement les autorités politiques maliennes n'ont pas été capables de saisir l'opportunité politique qui était ouverte, offerte, par la présence de Barkhane et par le climat sécuritaire qu'elle s'est évertuée à faire régner", a-t-il affirmé sans citer nommément le président Ibrahim Boubacar Keïta ni les colonels qui l'ont renversé en août 2020. "Rien n'a été fait : pas de retour de la gouvernance au Nord (...) pas de développement, pas de retour de l'Etat, c'est ça en fait la difficulté qu'a rencontrée l'opération Barkhane", a-t-il ajouté. "Ce dont il faut bien être conscient, c'est que la guerre contre le terrorisme ne peut être gagnée que par les armées africaines", a souligné le général Burkhard, estimant qu'il appartenait également aux autorités et aux armées locales de convaincre les populations de l'intérêt de la présence militaire française à leurs côtés. "Six mois c'est les délais que j'estime nécessaire pour pouvoir quitter le Mali et nous réarticuler en bon ordre et en sécurité, donc c'est comme ça qu'on va le faire, on va conduire notre manoeuvre en bon ordre et en sécurité", a-t-il insisté. Le chef d'état-major des armées françaises a néanmoins plaidé pour une réflexion sur le type et la durée des opérations extérieures pour qu'elles soient mieux acceptées par les populations. Il a ainsi évoqué "la nécessité de mieux travailler, de mieux identifier ce dont ont besoin les pays africains, pour que le plus vite possible ils soient capables de manière autonome, en toute indépendance, avec notre appui, de conduire la lutte" contre les groupes jihadistes. "Donc il faut qu'on soit beaucoup plus vigilants sur la durée de nos engagements, avec des opérations qui doivent être plus séquencées, plus rapides, et s'enchainer mieux", a-t-il poursuivi.