"Les capacités de négociation de l'Afrique sont très faibles" (Expert)

 "Les capacités de négociation de l'Afrique sont très faibles" (Expert)

11 juillet 2022 à 11h41 par Lilianne Nyatcha Africa radio

Le G7 a annoncé en juin dernier à l'issue d'un sommet qu'il va financer des projets d'infrastructures en Afrique à hauteur de six cent milliards de dollars au cours des cinq prochaines années . Il s'agit d'un engagement important pour soutenir les efforts visant à améliorer les infrastructures de développement à long terme sur le continent . L' économiste malien Modibo Mao Makalou, ancien conseiller pour les Affaires Économiques et Financières à la Présidence de la République du Mali, analyse les contours de cette annonce des pays du G7 au micro de Lilianne Nyatcha

Est-ce un message pour la Chine, premier investisseur étranger sur le continent ?


Oui mais pas seulement. Ce n'est pas seulement un message pour la Chine. C'est un message pour les africains et pour tout le monde pour montrer que l'Afrique occupe maintenant une place importante maintenant dans l'échiquier mondial. Comme vous le savez, il y a une nouvelle composition des forces politiques et économiques dans le monde et l'Afrique est un levier important car nous avons une population jeune, un large territoire. Le continent africain fait 30 millions km², il y a 55 nations. Le continent compte 1 milliard de personnes, ce qui est très important aujourd'hui pour toutes les grandes puissances : La Chine, l'Europe, les Etats-Unis compris.

 

Donc ce projet répond avant tout à un enjeu géopolitique et géostratégique ?

 

Un enjeu géoéconomique aussi parce que la lutte au niveau des relations internationales a toujours été basée sur la lutte pour le pouvoir. Le continent ou le pays qui a les ressources est celui qui domine. Présentement ce sont les Etats-Unis. Dans ce cadre là, je vois l'Afrique comme un enjeu majeur pour la plupart des puissances. Il y a les nouvelles routes de la soie que les Chinois ont entrepris depuis 2013. L'année dernière, l'Union Européenne avait lancé une initiative appelée Global Gateway pour mobiliser trois cents milliards d'euros dans le monde y compris pour  plus de cent cinquante milliards pour les investissements  dans les infrastructures en Afrique.  Les Etats-unis  travaillent  aussi sur un programme pour financer les infrastructures en acier et les États-Unis s'engagent aussi à mobiliser environ trois cents milliards de  dollars pour l'Afrique d'ici 2025 comme les Européens.

 


Revenons à ce projet de financement annoncé par le G7, une idée de Washington qui tente de la mettre en œuvre depuis un an. Les autres pays du G7 sont-ils plus disposés à soutenir cet investissement, peut-être à la faveur du conflit russo-ukrainien qui a renforcé les liens entre occidentaux?


Absolument, Je vois une jonction entre l'Europe de l'Ouest et les Etats-Unis parce que ces deux regroupements appartiennent à la même organisation, l'Organisation du traité Atlantique Nord (OTAN). Je vois aussi que l'annonce qui a été faite par le G7 est quand-même un regroupement des moyens non seulement des Etats-Unis mais aussi de l'Europe. Nous attendons encore le Japon et la Grande-Bretagne qui n'ont pas encore traité avec nous sur les investissements en Afrique.

 


Concernant le financement de cette enveloppe avec l'inflation généralisée, consécutive au conflit russo-ukrainien , la non livraison du gaz russe à certains pays européens qui doivent trouver d'autres moyens de s'approvisionner, ce qui leur coûtera plus cher mais aussi les besoins de l'Ukraine, est-ce que ces pays ont réellement les moyens de cette ambition ?


Les moyens sont une question de volonté politique. Comme vous le savez, maintenant la plupart des critères de déficit budgétaire ont été suspendus. Et vous verrez que même les pays les plus pacifiques comme l'Allemagne sont en train de renforcer leurs dépenses budgétaires de défense.  Donc, je pense qu'ils vont trouver les moyens et les organisations financières internationales seront mises à profit, le FMI (Fonds monétaire International), la Banque mondiale, la Banque européenne d'investissement. De même que les agences seront mises à contribution pour pouvoir financer les initiatives prioritaires. C'est-à-dire,des infrastructures surtout en Afrique.

 

Et l'objectif de ce projet est de contenir la Chine.   Le G7 peut-il y parvenir ?

Pas seulement la Chine mais aussi la Russie. Souvenez-vous du sommet de Sotchi. Il y a quand même des accords de coopération qui ont été signés par une vingtaine de pays avec La Russie. La Russie a décidé de multiplier par cinq d'ici 2025 les échanges avec l'Afrique. Et je pense qu'elle mène un combat avec les Européens sur le sol africain. 

 

L'Afrique fait l'objet de convoitise et qui est au centre des compétitions entre grandes puissances. Faut-il s'en réjouir ou plutôt s'en inquiéter?.

Le non positionnement des Africains est inquiétant. Un adage dit que gouverner c'est prévoir .Les capacités de négociation de l'Afrique sont très faibles. Nous manquons de stratégie. On nous propose des choses et comme nous n'avons pas au préalable pensé et réfléchi à nos priorités, nous prenons tout ce qu'on nous propose

 

 

"Les capacités de négociation de l'Afrique sont très faibles" (Expert)
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