Mali: amélioration de la situation sécuritaire mais recul de la liberté d'expression, selon un expert de l'ONU

AFRICA RADIO

22 février 2022 à 13h36 par AFP

Le Mali connaît une "amélioration tangible dans le domaine sécuritaire" mais il y règne un "climat délétère" de recul de la liberté d'expression, a estimé mardi un expert indépendant de l'ONU après une visite dans le pays.

"Pour la première fois" depuis 2018, "j'ai noté une amélioration tangible de la situation sécuritaire", a déclaré mardi Alioune Tine, expert indépendant de l'ONU sur la question des droits humains au Mali, lors d'une visioconférence depuis Dakar. Il a étayé ses propos en arguant d'une baisse du nombre de personnes déplacées (d'environ 400.000 en septembre à 350.000 en décembre, selon l'ONU) et d'une baisse des violations recensées par l'ONU des droits humains sur le dernier semestre 2021. Ces "améliorations tangibles" ne doivent "pas occulter les défis sérieux", a-t-il relevé, notamment avec une présence de groupes djihadistes "qui continuent d'attaquer, de tuer et d'enlever des civils". Selon des sources locales, une quarantaine de civils ont été tués mi-février par le groupe Etat islamique au Grand Sahara (EIGS, affilié à l'organisation Etat islamique) dans la région de Tessit, située dans la partie malienne de la zone dite des trois frontières, aux confins du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Huit militaires maliens et "une soixantaine" de djihadistes sont décédés lors de combats dans la même zone vendredi, selon Bamako. Alioune Tine a également mis en garde contre une "bombe sociale" qui "se profile à l'horizon" avec la fermeture par les mêmes groupes radicaux d'écoles. Le nombre d'élèves affectés a augmenté en 2021, a-t-il rappelé: de 400.000 à 500.000 entre janvier et décembre, selon l'ONU. M. Tine a expliqué s'être rendu du 7 au 18 février à Mopti et Tombouctou et avoir rencontré une large part des acteurs socio-politiques maliens à Bamako. "Tous sont unanimes qu'il est de plus en plus difficile d'exprimer une opinion dissidente sans courir le risque d'être emprisonné ou lynché sur les réseaux sociaux", a-t-il dénoncé, en exprimant sa "profonde préoccupation par rapport au rétrécissement de l'espace civique". Le Mali est dirigé par des militaires depuis qu'ils ont renversé en août 2020 le président Ibrahim Boubacar Keïta. Sous embargo de ses voisins ouest-africains pour ne pas avoir respecté son engagement d'organiser des élections fin février, le Mali est en négociations avec la Communauté des Etats d'Afrique de l'ouest sur la durée de la "transition". Lundi, le Parlement nommé par les militaires a entériné que la période de transition pourrait durer jusqu'à cinq ans. Un délai jugé "inacceptable" par la Cédéao.