Mali: Paris dénonce la suspension de RFI et France 24, s'inquiète d'"allégations d'exactions"

AFRICA RADIO

17 mars 2022 à 14h21 par AFP

La France a dénoncé jeudi des "atteintes graves à la liberté de la presse" au Mali où la junte au pouvoir a ordonné la suspension de la diffusion des médias français RFI et France 24 et s'est inquiétée de "graves allégations d'exactions" dans le centre du pays.

Paris "déplore l'annonce faite par les autorités maliennes" à l'encontre de ces deux médias ainsi que les "restrictions imposées à l'ensemble des médias maliens", a déclaré la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. La junte a pris cette décision après la diffusion par RFI et France 24 d'informations selon lesquelles l'armée malienne est impliquée dans des exactions contre des civils. Le gouvernement malien a "catégoriquement" rejeté ces "fausses allégations et estimé que "les agissements de RFI et France 24 ressemblent "aux pratiques et au rôle tristement célèbre de la radio +Mille Collines+". Cette radio avait encouragé la haine anti-Tutsi lors du génocide orchestré au Rwanda entre avril et juillet 1994 par le régime génocidaire hutu contre la minorité tutsi et qui avait fait au moins 800.000 morts. "La France condamne fermement, par respect pour la mémoire des victimes du génocide des Tutsi au Rwanda, l'amalgame inacceptable et irresponsable fait par les autorités de transition avec la Radio Mille Collines, dans leur communiqué officiel du 16 mars 2022", a relevé la porte-parole du Quai d'Orsay, Anne-Claire Legendre. L'ONG Human Rights Watch (HRW) a dénoncé dans un rapport une "nouvelle vague d'exécutions de civils" ainsi que des pillages par l'armée malienne et les jihadistes dans le centre et le sud-ouest du Mali. Elle a fait état d'au moins 107 morts civils depuis le mois de décembre. "La France exprime son inquiétude face aux graves allégations d'exactions qui auraient été commises dans le centre du pays, qui ont été documentées de manière indépendante, et qui ne sauraient être passées sous silence", a souligné la porte-parole du Quai d'Orsay, Anne-Claire Legendre. Selon HRW, ces exactions auraient été commises par les forces armées maliennes (FAMa) en représailles à des pertes militaires infligées par des groupes jihadistes dans divers incidents. Les relations entre le Mali et la France sont exécrables depuis un second putsch en moins d'un an à Bamako et l'annonce du retrait des forces françaises de ce pays.