Par La rédaction

Compte rendu de la table ronde exceptionnelle :_ « Nouvelles forces, nouveaux enjeux, quelle construction pour l'Afrique ? »Mercredi 11 Janvier à 17h45 s'est tenue la table ronde exceptionnelle de la Coordination pour l'Afrique de Demain dans les locaux de l'ENA à Paris VI. Les intervenants au cours de cette réunion étaient :_ - André Julien Mbem, éditeur et essayiste_ - Madeleine Mukamabano, ancienne journaliste, consultante auprès des organisations internationales, Société Undercurrent_ - Nouréini Tidjani-Serpos, ancien directeur général adjoint de l'UNESCO_ - Seydou Madani Sy, ancien Recteur de l'Université de Dakar, ancien Recteur de l'Université de la Francophonie d'Alexandrie, ancien ministre de la Justice, ancien Médiateur de la République.Ce dialogue d'experts avait pour thèmes :Les répercussions du « Printemps arabe » sur l'Afrique subsaharienne ;Les rapports entre le politique et le religieux, qui ont été marqués cette année par la visite du Pape au Bénin et des conflits au Nigéria ;La difficile appropriation de la démocratie représentative et des processus électorauxLes relations des Etats africains avec les nouveaux partenaires, Chine, Inde, Brésil et les acquéreurs de terre.Au cours de cette rencontre-débat, il a beaucoup été question des enjeux démocratiques en Afrique, des progrès en matière de développement mais aussi de la question de la religion au sein du continent.Les répercussions du « Printemps arabe » sur l'Afrique subsaharienne En ce qui concerne le 1er thème sur les répercussions du « printemps arabe » en Afrique noire, les experts sont unanimes sur le fait que, selon eux, le printemps des pays d'Afrique subsaharienne a déjà eu lieu au cours des années 90 avec de nombreuses conférences nationales notamment au Bénin où, suite à d'importantes grèves générales le gouvernement en place a décidé d'organiser de multiples réunions avec des délégués du peuple afin de résoudre certains problèmes clés comme l'éducation ou le développement. Cependant, ils regrettent que ces conférences nationales n'aient pas abouti à de profonds changements politiques.Plusieurs fois, les intervenants ont évoqué une certaine désaffection populaire pour la politique en Afrique. Ce manque d'implication populaire est souvent à l'origine d'un faible engouement pour les partis de l'opposition et entraine des régimes autocratiques. Madeleine Mukamabano pense quant à elle que les élites locales ont détournées le « printemps africain » avec l'aide de la France de F.Mitterrand qui a suivie une politique France-Afrique néfaste pour le continent. D'après ce collège d'experts, il n'y aura donc pas de répercussions directes du printemps arabe sur l'Afrique car non seulement il a déjà eu lieu mais aussi car les régimes politiques diffèrent entre les pays arabes et ceux au sud du Sahara. Les rapports entre le politique et le religieuxA propos de ce point, il y a eu un commun accord entre les intervenants pour dénoncer l'omniprésence du pouvoir religieux dans les affaires politiques en Afrique. Le Cameroun ou le Congo ont été mis en exergue par André Mbem pour souligner l'ingérence des hommes d'église dans les décisions des hommes d'Etat et vice versa.Il a bien sûr été évoqué les récents problèmes communautaires au Nigéria au cours de ce débat modéré par l'écrivain Babacar Sall. Il en est ressorti qu'il ne fallait surtout pas négliger les problèmes économiques et sociaux sous prétexte de résoudre les difficultés communautaires et de surcroit cette forme de terrorisme. Il existe une question de justice sociale au Nigéria qui doit être résolue au même titre que les agissements du groupuscule Boko Haram. De plus, il a été rappelé par M.Mukamabano que les difficultés religieuses ne sont pas nouvelles. En effet, elle a rappelé les agissements de la secte de l'armée de résistance du seigneur qui a été fondée dès 1988 ! Elle a également déploré la « compétition » entre les différentes religions en Afrique et le « business » auxquelles se livrent plusieurs d'entre elles. Dans de nombreux pays d'Afrique, les églises sont souvent implantées à « chaque 100 mètres » ce qui accentue cette rivalité entre les églises et les religions et peut expliquer les violences communautaires qui frappent l'Afrique et plus particulièrement le Nigéria à l'heure actuelle.La difficile appropriation de la démocratie représentative et des processus électorauxCe thème central a été largement évoqué par les cinq experts présents mercredi soir à l'ENA. L'essayiste camerounais André Mbem a jeté le premier pavé dans la mare en fustigeant les résultats de l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire par rapport aux dépenses de la Côte d'Ivoire pour organiser ces élections. Le pays du président A. Ouattara a en effet été le pays qui a le plus dépensé pour l'organisation de ses élections dans le monde ! Il déplore également d'une manière plus globale la faible crédibilité de l'opposition en Afrique et met en lumière le manque d'alternatives aux présidents africains. Selon lui pour être élu en Afrique, il suffit d'avoir de quoi corrompre ses rivaux afin d'assurer son siège au palais présidentiel. N.Serpos à lui aussi regretté que les pays d'Afrique subsaharienne n'organisent que des élections de façades sans réelles démocraties. Madeleine Mukamabano a apporté une lueur d'espoir en qualifiant les prochaines élections au Mali et au Sénégal de « prometteuses ».Le dernier thème concernant les relations des Etats africains avec les nouveaux partenaires n'a été que très brièvement traité, essentiellement par manque de temps. Seul S.Madani Sy s'est demandé s'il ne fallait pas encourager les relations avec les pays émergents comme le Brésil ou l'Inde et renforcer les échanges avec la Chine car ils seront bénéfiques à l'avenir pour ces pays tout comme pour le continent africain.Charles-Edouard Ama Koffi