A Benghazi, afflux de civils et d'insurgés après la débandade à Ajdabiya

15 mars 2011 à 19h31 par La rédaction

BENGHAZI (Libye) (AFP)

Les camions bondés de civils, des pick-up transportant des insurgés aux traits tendus, criant à tout va, la peur au ventre.Des centaines de personnes arrivent à Benghazi après avoir fui combats et bombardements à Ajdabiya qui semble perdue par les rebelles.

Des dizaines de voitures, camions et minibus arrivent à grande vitesse sur un barrage de contrôle situé à 20 km au sud de Benghazi, la "capitale" de l'insurrection libyenne depuis un mois.

Au loin, des dizaines d'autres véhicules se profilent dans le désert.Tous arrivent d'Ajdabiya, bombardé pour la deuxième journée consécutive par l'armée du colonel Mouammar Kadhafi.

Crissements de pneus, coups de volant pour se dégager au plus vite du barrage, la fuite d'Ajdabiya a des airs de débandade pour les rebelles qui ont dû battre en retraite depuis une semaine sous les coups de butoir de l'artillerie et de l'aviation.

"Il y a eu beaucoup de bombes, au moins cinq", dit Saïd, un père de famille de 42 ans, fuyant avec sa femme voilée et ses trois enfants pour trouver refuge à Benghazi.

"J'ai pris ma famille, le plus d'affaires possible et on est parti.Si on était resté, on serait mort maintenant", dit-il.

Abdelraouf, un insurgé de 19 ans, parle fort et agite les bras en tout sens, en tentant d'expliquer ce qu'il a vu."J'ai vu deux avions passer au-dessus de la ville pendant les bombardements", assure-t-il, les yeux exorbités.

"Qu'attendent les Occidentaux pour imposer la zone d'exclusion aérienne ? Attendent-ils que nos soyons tous morts ?", crie-t-il.Abdelraouf a le bras en écharpe."J'ai été blessé par la déflagration quand une bombe est tombée sur la maison où j'étais", assure-t-il.

"Ils bombardent les maisons et les civils.C'est pour cela que nous sommes partis", assure Fathi, un insurgé de 25 ans à la barbe touffu, sans toutefois que l'on puisse savoir s'il a vu des civils bombardés ou s'il cède, comme beaucoup, à la rumeur et à la panique.

"Quand nous sommes partis à 15H30, la ville était encore bombardée", dit-il, affirmant avoir vu "au moins trois voitures bombardées avec des corps de femmes et d'enfants à l'intérieur".

"Nous allons nous réarmer et retourne nous battre", promet-il.

Dans un camion, quatre Libyens se serrent dans l'habitacle et sont pressés de rejoindre Benghazi."Il y a des combats de rue à Ajdabiya", croit savoir l'un d'entre eux.

Selon des médecins interrogés par l'AFP, au moins trois personnes ont été tuées et une quinzaine blessées dans les bombardements.Dans la nuit, l'hôpital avait également reçu deux morts et un homme à la main arrachée.

Un photographe de guerre français, Laurent Vanderstock, a réussi à sortir d'Ajdabiya et regagner Benghazi malgré la présence "de troupes spéciales de Kadhafi" sur la route d'Ajdabiya à Benghazi.

Parallèlement, le régime de Tripoli a lancé une offensive de propagande par les médias.Alors qu'Ajdabiya était pilonné par l'armée, les Libyens de Benghazi recevaient un SMS indiquant que la ville était retombée sous le contrôle des forces loyales au leader libyen."Bientôt Ajdabiya sera sûre et calme comme elle l'était", affirme ce SMS.

La télévision libyenne a également annoncé que les "habitants de Benghazi commençaient à sortir dans les rues brandissant des drapeaux verts et des portraits du dirigeant" et que le siège du Conseil national de transition (CNT) de l'opposition faisait l'objet d'une attaque des "officiers libres".

Mais sur place, nulle trace de combat ou d'attaque, et les drapeaux de la monarchie du roi Idris, devenus le symbole de l'insurrection, étaient toujours en bonne place, aux côtés de celui de la France, premier pays à avoir reconnu le CNT.