A Dadaab, les Somaliens affluent de plus belle dans des camps surpeuplés

Par La rédaction

CAMPS DE REFUGIES DE DADAAB (Kenya) (AFP) - (AFP)

Assise sur un sol sablonneux derrière des barbelés, Yasmin Abdikadir attend son tour devant l'un des centres d'enregistrement de réfugiés de Dadaab, dans l'est du Kenya.Sous ses vêtements, la jeune Somalienne protège d'un soleil de plomb son nourrisson né sur la route.

Pour soulager les milliers de Somaliens qui affluent à Dadaab, les humanitaires voudraient voir le complexe de camps de réfugiés, le plus grand au monde, s'étendre encore.Mais ils se heurtent à une résistance du Kenya, qui juge le flot de déplacés somaliens désormais intenable et insiste pour que d'autres solutions soient trouvées.

Yasmin Abdikadir a quitté Mogadiscio il y a une vingtaine de jours.Son mari avait "fui dans une autre direction".Elle n'a pas pu le retrouver.

Accompagnée de ses cinq enfants, elle a entamé un périple dans un mini-bus qui s'est fait intercepter par "des milices et des voleurs".Elle a continué à pied, enceinte.

"J'ai accouché avec l'aide des gens avec qui je voyageais", raconte-t-elle.C'était il y a quatre jours, la veille de son arrivée à Dadaab.

Le camp devant lequel attend la jeune femme de 23 ans, celui de Dagahaley, enregistre 600 à 700 nouvelles personnes par jour, selon le Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR).

Le flot de nouveaux arrivants est tel à Dadaab que les réfugiés doivent s'installer dans des abris de fortune, des huttes faites de branches recouvertes de plastique, à l'extérieur des délimitations officielles des camps.

Les gens "s'éloignent de plus en plus", ce qui complique la distribution d'eau, de nourriture, les soins, explique Michael Adams, de CARE Kenya.

A Dadaab, la commissaire européenne aux Affaires humanitaires, Kristalina Georgieva, a jugé l'extension du complexe d'autant plus pressante qu'en s'installant hors des limites des camps, les réfugiés "empiètent sur les terres des populations locales, ce qui créé des tensions".

La communauté internationale a récemment pressé le Kenya d'ouvrir un nouveau camp, appelé Ifo II. Doté de maisons en brique et d'écoles flambant neuves, il pourrait accueillir des dizaines de milliers de personnes et aurait dû commencer à recevoir du monde en novembre dernier, relèvent des travailleurs humanitaires.

Samedi, Mme Georgieva a promis de discuter du sujet avec Nairobi, tout en reconnaissant que le pays, lui-même frappé par la sécheresse, avait déjà beaucoup fait.

En Somalie, la sécheresse est aggravée par deux décennies de guerre civile.L'ONU a décrété en état de famine deux régions du sud contrôlées par les insurgés islamistes shebab et la population fuit par milliers vers le Kenya et l'Ethiopie.

Mais la catastrophe climatique, la pire en des décennies, touche toute la Corne de l'Afrique.

Les camps de Dadaab abritent aujourd'hui, selon l'ONU, quelque 380.000 réfugiés, plus de quatre fois plus que la capacité prévue lors de leur ouverture il y a 20 ans.

"On n'a jamais vu autant de gens arriver en si peu de temps et dans de si mauvaises conditions", note William Spindler, du HCR."Même quand ils reçoivent des soins en arrivant, c'est parfois trop tard."

Mi-juin, Médecins sans frontières (MSF) a réalisé à Dadaab une rapide évaluation nutritionnelle auprès de 500 enfants âgés de 6 mois à 5 ans : 37,7% d'entre eux souffraient de malnutrition aiguë, dont 17,5% faisaient face à un risque élevé de décès.

De plus en plus sous pression, le Kenya suggère, lui, de créer les conditions pour ouvrir des camps en Somalie même.

Ce ne sera pas dans le très équipé Ifo II, mais le HCR a tout de même décidé d'étendre sans plus attendre les capacités des camps de Dadaab.Il compte ouvrir deux nouveaux sites, qui devraient pouvoir dès lundi accueillir quelques centaines de familles dans des tentes.