A Lampedusa, de nombreux migrants tunisiens regardent vers la France

15 février 2011 à 11h18 par La rédaction

LAMPEDUSA (AFP)

De nombreux migrants tunisiens arrivés sur la petite île italienne de Lampedusa, fuyant l'insécurité et l'incertitude, regardent vers le nord de l'Europe, essentiellement vers la France.

"Où se trouve la France?", "Est-ce-que l'on contrôle les passeports à la frontière entre l'Italie et la France?", "Comment on va à Milan", la plus grande ville du nord de l'Italie proche de la France, demandent certains des immigrés massés, examinant avec attention une carte routière de l'Italie pour étudier tous les chemins menant vers le nord de l'Europe.

"Moi je vais en France.J'y suis déjà allé auparavant.Je n'ai pas de papiers mais je pense y aller avec le TGV", dit en souriant Moullah, 30 ans, alors qu'il fait la queue pour les contrôles de sécurité, tandis qu'un autre assure qu'il sera "cuisinier" en France.

Plus de 5.000 Tunisiens sont arrivés ces jours-ci à Lampedusa, une petite île rattachée à la Sicile, plus proche des côtes tunisiennes que de l'Italie, mais les débarquements ont cessé depuis lundi en raison d'un renforcement des contrôles des ports tunisiens et d'une mer agitée.

Bessem, 30 ans, serre son blouson pour se protéger de l'air froid et explique que son souhait est de gagner suffisamment d'argent pour pouvoir retourner en Tunisie et se marier.

"Il n'y a pas de travail en Tunisie.Nous espérons trouver du travail ici (en Europe, NDLR) pour pouvoir nous marier ensuite.Mon frère habite à Paris, mais je ne sais pas encore comment je vais y arriver", dit-il alors qu'il attend un avion devant désengorger Lampedusa.

La France est consciente des espoirs des Tunisiens arrivés en Italie et l'accueil éventuel d'une partie d'entre eux sera décidé en concertation au niveau européen, a déclaré mardi le ministre français de l'Intérieur, Brice Hortefeux.

"Nous prendrons des décisions avec l'ensemble de l'Europe", a répondu sur la chaîne de télévision française LCI le ministre chargé de l'immigration alors qu'on lui demandait si la France allait accueillir ces migrants.

Selon le maire de Lampedusa, la plupart de ces immigrés clandestins souhaitent se rendre en France où vit une communauté tunisienne de 600.000 personnes.

La petite île de 6.000 habitants ne dispose pas des structures nécessaires pour examiner au cas par cas la situation des plus de 5.000 immigrés et ceux-ci sont en train d'être transférés dans d'autres centres en Italie où ils pourront déposer une demande d'asile et où leur situation sera étudiée dans le détail.

Ceux qui ne remplissent pas les conditions pour obtenir l'asile seront rapatriés vers la Tunisie en vertu d'un accord entre les deux pays, même si le chaos régnant à Tunis depuis la chute, il y a un mois, du régime de Ben Ali, rend difficile l'application de cette procédure.

"Ce sont des personnes qui ont affronté les dangers d'une traversée de la mer et qui doivent avoir la possibilité de demander l'asile, comme certaines l'ont déjà fait", a plaidé Laura Boldrini, porte-parole en Italie du Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR), en mission sur place.

Face à cette crise humanitaire, l'Italie a demandé officiellement lundi une aide européenne de 100 millions d'euros ainsi que l'élargissement du rôle de Frontex, l'agence de surveillance des frontières européennes.

De Tunis, où il a effectué une visite éclair lundi soir, le chef de la diplomatie italienne, Franco Frattini, a proposé aux autorités tunisiennes "une coopération pragmatique et opérationnelle dans le respect de la souveraineté de l'Etat tunisien" pour endiguer les départs de clandestins vers Lampedusa.