A Tripoli, la chasse à Kadhafi galvanise l'ardeur des combattants rebelles

25 août 2011 à 20h13 par La rédaction

TRIPOLI (AFP) - (AFP)

"Ce matin, Khamis Kadhafi", un fils de Mouammar Kadhafi, "était ici pour distribuer des armes!" crie Mohammed Saïd Gargab, un chef de groupe rebelle libyen, pour motiver ses troupes dans le quartier d'Abou Salim, à Tripoli, dont elles prendront finalement le contrôle.

La journée avait commencé calmement, mais les affrontements se sont très vite focalisés sur la rue principale de ce quartier populaire, réputé être majoritairement pro-Kadhafi, tandis que tout Tripoli bruissait de la rumeur: "Kadhafi est dans la ville", "il est à Abou Salim", "il se cache dans les tunnels de son complexe souterrain"...

En milieu d'après-midi, sous un soleil de plomb, des centaines de combattants rebelles pilonnent, avec tout l'armement dont ils disposent, un poste de police et de premiers secours se trouvant sur la grande avenue.Des immeubles adjacents, de deux ou trois étages, ont déjà été "nettoyés" et sont en flammes.

Une Mercedes noire blindée, modèle grand luxe, l'avant enfoncé par un choc et constellée d'impacts de balles qui ne l'ont pas traversée, est immobilisée au milieu de la route.

"Deux hommes de Kadhafi roulaient avec en tuant des gens, on les a eus", assure un rebelle hilare.De fait, les cadavres des deux tireurs gisent non loin, criblés de balles.

De temps en temps, des snipers isolés prennent les combattants à revers.Tout le monde reflue, une roquette fuse, explose: le sniper est mort, le bombardement du poste de police peut reprendre, avec des pick-up surmontés de canons antichars ou antiaériens qui vident leurs chargeurs en quelques secondes.

Après plusieurs heures, le bâtiment est en flammes, troué de partout.Des cadavres de combattants pro-Kadhafi, tous en civil, certains déchiquetés, jonchent le sol.

D'autres -peu- sont faits prisonniers, souvent mal en point.L'un d'eux est horriblement brûlé sur la moitié supérieure du corps, la peau partant en lambeaux, le visage ensanglanté, mais il est emmené à pied par les rebelles, bousculé parce qu'il se traîne péniblement.

"Certains se sont enfuis dans le quartier voisin de Machrou et ceux qui sont restés sont morts", triomphe Mohammed Saïd Gargab, ajoutant que "ce matin, Khamis Kadhafi était ici pour distribuer des armes à certaines personnes et à des mercenaires, selon des habitants du quartier".

Mais plus loin, les détonations reprennent: le combat n'est pas fini à Machrou.Les pro-Kadhafi sont à nouveau entrés dans les immeubles, dont les habitants sont souvent restés sur place.

Sous les "Allah akbar" frénétiques des rebelles, un canon antiaérien tire sur un bâtiment de trois étages, dont la façade semble littéralement se désagréger sous les impacts.Son chargeur vidé, un canon antichar prend sa place mais lorsque son opérateur tire, l'arrière du canon explose, démantibulant la plate-forme du pick-up qui le transporte.

Plus aucune détonation ne provenant de l'immeuble, la fouille commence.Une vingtaine de rebelles grimpent les escaliers, défoncent les portes.Derrière l'une d'elle, surprise: un loyaliste toujours vivant tire lorsque les rebelles paraissent, en blessant un au bras avant d'être tué.

Ziad et Ahmed, 23 et 22 ans, observent les centaines d'immeubles brunâtres et décrépis du quartier avec méfiance."La plupart des gens qui vivent ici soutiennent Kadhafi.Ce sont eux qui nous affrontent", indique Ziad, selon qui ses adversaires "ont tous les âges, de 15 à 50 ans".

Pour Ibrahim Abdulhadin, "ça durera un mois, deux mois, un an, mais on est là et lorsque Kadhafi sera mort, ce sera fini.Des gens m'ont dit l'avoir vu ici aujourd'hui".

Jeudi soir, les affrontements entre pro et anti-Kadhafi se poursuivaient, brièvement interrompus à 19H00 (17H00 GMT), à la rupture du jeune du ramadan.