Affaire Regeni: l'Italie ne veut pas de la "vérité commode" de la police égyptienne

Par La rédaction

Rome (AFP)

L'Italie "ne se satisfera pas d'une vérité commode", a averti samedi le président du Conseil Matteo Renzi, après que l'enquête de la police égyptienne eut assuré que l'étudiant Giulio Regeni, assassiné début février, avait été victime d'un gang criminel. 

"Nous nous arrêterons seulement face à la vérité (...) L'Italie ne se satisfera pas d'une vérité commode", a prévenu le chef du gouvernement italien dans sa lettre e-news hebdomadaire, demandant aux enquêteurs égyptiens de poursuivre leur enquête.

"L'Italie insiste: nous voulons la vérité", avait martelé dès vendredi soir sur son compte Twitter le ministre italien des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni, tandis que le parquet de Rome a rejeté les dernières conclusions de l'enquête égyptienne. 

La presse italienne et les milieux diplomatiques occidentaux en Egypte soupçonnent des membres des services de sécurité de l'avoir enlevé et torturé à mort, ce que le gouvernement égyptien dément. 

La police égyptienne a affirmé jeudi avoir identifié les meurtriers de Regeni, deux mois après sa disparition, indiquant avoir tué les quatre membres d'un gang criminel chez qui elle a retrouvé son passeport et ses effets personnels. 

Giulio Regeni avait disparu le 25 janvier en plein coeur du Caire, et son corps avait été retrouvé neuf jours plus tard en bordure d'autoroute, atrocement mutilé et torturé.

Samedi, le parquet a demandé le placement en garde à vue de quatre personnes en relation avec le meurtre: l'épouse, la s�?ur, le frère et le beau-frère d'un des quatre hommes tués.

Selon deux amis du jeune Italien, Mohammed el Sayed et Amr Asaad, interrogés samedi dans le quotidien Corriere della Sera, les 15 grammes de haschisch et les lunettes figurant parmi les objets retrouvés par les policiers n'appartenaient certainement pas à Giulio. 

Le procureur de Rome, Giuseppe Pignatone, a estimé que "les éléments jusqu'alors transmis ne sont pas satisfaisants pour faire la lumière sur la mort de Giulio Regeni.Il convient donc que les investigations se poursuivent".

Cités dans la presse italienne, les parents du jeune homme se sont dits "blessés et amers face à l'ultime tentative de mettre l'enquête sur une fausse piste" et parlent d'une "mise en scène". 

La présidente de la Chambre des députés, Laura Boldrini, a jugé sur Twitter "décourageante cette énième version du meurtre de Giulio", qui "jette une ombre sur la rigueur des enquêtes menées en Egypte". 

Ce doctorant de 28 ans de l'université britannique de Cambridge travaillait à un mémoire sur les syndicats ouvriers en Egypte.

L'Italie et l'Egypte ont d'importants enjeux en commun: le dossier libyen pour lequel Le Caire jouerait un rôle clé en cas d'intervention extérieure, et un gigantesque contrat d'exploitation de gaz par la société italienne ENI.

"Je vous promets que nous ferons toute la lumière et que nous arriverons à la vérité, que nous �?uvrerons avec les autorités italiennes pour traduire en justice et punir les criminels", avait promis le 16 mars le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi aux autorités italiennes dans une interview au quotidien Repubblica, alors que l'affaire a tendu les relations bilatérales.