Afrique du Sud: le Congrès national africain s'apprête à trois jours d'autocélébration

Par La rédaction

BLOEMFONTEIN (Afrique du Sud) (AFP) - (AFP)

Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir en Afrique du Sud, s'apprête à fêter ses cent ans en grande pompe lors de trois jours d'autocélébration étroitement contrôlés par le président Jacob Zuma.

"Cet événement, au prestige et à l'importance évidents, suscite un grand intérêt au plan international en raison des rôles passé et présent de l'Afrique du Sud dans les affaires de la région, du continent et du monde", affirme la coordinatrice nationale du plus vieux "mouvement de libération" d'Afrique, Baleka Mbete, chargées des festivités à partir de dimanche.

Se réjouissant de son propre programme, elle ajoute: "Nous avons réalisé cela parce que notre peuple a montré sa fidélité à notre glorieuse organisation", en lui confiant le pouvoir depuis la chute de l'apartheid en 1994 et la présidence de Nelson Mandela.

Les voix discordantes, comme celles de Julius Malema, turbulent président de la Ligue de jeunesse de l'ANC, sont priées de ne pas tonner trop fort.Se voulant champion des plus pauvres, il reproche à Jacob Zuma l'insuffisance des transformations socio-économiques du pays, après dix-sept ans de pouvoir du parti.

Les interventions de Malema à trois "mini-meetings" dans la région?"Elles ne font pas partie du programme du centenaire", explique Baleka Mbete, qui note que la Ligue de jeunesse, mais aussi la Ligue des femmes et les vétérans ont leurs propres activités. Les apports des uns et des autres seront consignés dans un livret qui sera "largement distribué", ajoute-t-elle.

Et tandis que le désir de Zuma de se succéder à lui-même en décembre prochain est largement contesté au sein de l'ANC, la responsable décrit avec emphase ces festivités auxquelles doivent assister une quarantaine de chefs d'Etat. 

Cette autocélébration fait cependant grincer quelques dents, comme celles de l'ancien député ANC Andrew Feinstein. "L'ANC a souffert des péchés des partis dominants.Il a été trop dominant, depuis trop longtemps.Il considère que le pouvoir lui est dû", dit-il.

Considérant que ses dirigeants sont "médiocres", il estime que le parti aurait dû dédier son centenaire "aux besoins des plus pauvres", alors que le taux de chômage dépasse les 25% et que plusieurs millions de Sud-Africains vivent dans des bidonvilles.

Et si l'ANC tire toujours son prestige de sa lutte contre l'apartheid, le politologue Steven Friedman estime que "les gens oublient souvent de réaliser que c'est maintenant un parti politique comme les autres".

Le parti --à l'époque Congrès national indigène sud-africain (SANNC)-- a été fondée le 8 janvier 1912 à Bloemfontein (centre) par un groupe de notables noirs qui s'inquiétaient de la systématisation de la ségrégation en Afrique du Sud.

Encore debout, l'église méthodiste où ils s'étaient réunis vient d'être restaurée à grands frais.Situé au pied des tours de refroidissement d'une ancien centrale thermique, cet édifice qui abritait un carrossier il y a encore quelques mois est l'un des derniers vestiges d'un quartier noir détruit par les autorités blanches d'alors car il était jugé trop proche du centre-ville.

C'est là que le président Zuma doit allumer une flamme du centenaire, dimanche à minuit (samedi 22H00 GMT), puis assister à une messe dans la matinée.

Hôte des festivités qui comprendront aussi un tournoi de golf et des cérémonies traditionnelles, Jacob Zuma est omniprésent sur les affiches qui invitent la population à venir l'écouter dimanche après-midi, dans des rues pavoisées aux couleurs de l'ANC et où figurent de grands "mercis" aux leaders qui ont aidé le mouvement dans sa lutte contre l'apartheid: Fidel Castro de Cuba, Kenneth Kaunda de Zambie et Samora Machel du Mozambique.

Le président doit être la seule personnalité qui prendra la parole, selon Mme Mbete.

A part peut-être son illustre prédécesseur Nelson Mandela, 93 ans, qui ne devrait pas pouvoir faire le voyage de Bloemfontein, sa santé étant trop fragile: il pourrait enregistrer un message à l'intention des 100.000 personnes attendues.

l