Afrique du Sud: plus d'un mort par jour par la faute de la police

Par La rédaction

Johannesburg (AFP)

Plus d'une personne par jour est décédée en moyenne l'an dernier en Afrique du Sud par la faute de l'action de la police, la plupart du temps tuée durant une arrestation, selon un rapport de la police des polices (IPID) consulté mercredi.

"Au total, il y a eu 431 affaires de décès résultant de l'action de la police et 485 morts", précise le rapport qui porte sur la période allant d'avril 2012 à mars 2013.

Il inclut la tristement célèbre fusillade de Marikana (nord) durant laquelle 34 mineurs ont été abattus par la police, et 270 blessés le 16 août 2012, durant une grève.

Ce tableau peu enviable de la police nationale sud-africaine ne s'arrête pas là.Le rapport note "une tendance dérangeante des cas de viols commis par des officier(s) de police" avec 146 plaintes l'an dernier. 

La plupart de ces viols commis par des policiers l'ont été en dehors des heures de service mais la police des polices a eu à enquêter sur 22 viols commis sur des détenus, et dans la majorité des cas, les auteurs n'étaient pas des codétenus mais des policiers.

Le rapport fait aussi état de 275 décès dans des commissariats l'an dernier.La plupart de ces personnes décédées se sont pendues, sont arrivées au commissariat déjà blessées ou avec un problème de santé.

Parmi elles, le chauffeur de taxi collectif mozambicain Mido Maci, mort en février 2013 dans un commissariat des environs de Johannesburg après avoir été traîné dans la rue, attaché à l'arrière d'un fourgon de police.La vidéo avait fait le tour du monde.

Au total, 6.728 plaintes ont été reçues par l'IPID l'an dernier essentiellement pour des agressions commises par des policiers (4.131) mais aussi pour des cas de torture (1% des enquêtes ouvertes) ou corruption (2%). 

Cela représente une hausse de 37% par rapport à l'année précédente mais les chiffres ne sont pas comparables.La loi a changé et depuis avril 2012, elle oblige tous les agents de la police nationale (près de 198.000) à signaler immédiatement les crimes ou délits de leurs collègues sous peine d'être eux-mêmes poursuivis.

"La hausse est probablement bien moindre, on ne sait pas", a commenté auprès de l'AFP Johan Burger, chercheur à l'Institut des études de sécurité (ISS, Pretoria).

"Ce n'est pas une belle image de la police", a-t-il toutefois ajouté, pointant "des problèmes structurels", partant notamment du sommet de la hiérarchie policière affaiblie dans la dernière décennie par plusieurs dirigeants inexpérimentés et corrompus.

"Dès lors qu'on a des situations où des incompétents dirigent des unités de police ou des commissariats, il faut s'attendre à ce type de comportements", a-t-il ajouté.Selon lui, le Programme de développement national (NDP) adopté par le gouvernement fin 2012 série tous les problèmes et liste les changements à réaliser, mais "aucune de ces recommandations n'a été appliquée à ce jour".