Afrique du Sud: semaine agitée en vue pour Malema, le chef des jeunes de l'ANC

Par La rédaction

JOHANNESBURG (AFP) - (AFP)

Le tumultueux président de la ligue de jeunesse du Congrès national africain (ANC), Julius Malema, retourne dimanche devant ses ainés qui l'accusent d'indiscipline et saura lundi s'il est condamné pour incitation à la haine.

Julius Malema, 30 ans, est entendu par une commission de discipline du parti.Il est accusé d'"avoir porté atteinte à la réputation de l'ANC" et d'avoir "semé les germes de la division" dans ses rangs.Officiellement pour avoir appelé au renversement du président botswanais Ian Khama.

Il sera exclu du parti s'il est reconnu coupable, vu qu'il avait déjà été condamné l'an dernier --à présenter ses excuses et à payer une amende-- pour avoir critiqué le président Jacob Zuma.

Sa comparution, en compagnie de ses principaux lieutenants, est jugée capitale dans les luttes internes qui agitent le parti au pouvoir en Afrique du Sud.Après avoir aidé Jacob Zuma à renverser le président Thabo Mbeki en 2008 et à prendre le pouvoir l'année suivante, le jeune homme le défie maintenant quasi ouvertement.

La Ligue de jeunesse ne cache pas qu'elle préfèrerait voir l'actuel vice-président, Kgalema Motlanthe, prendre la tête de l'ANC lors du prochain congrès du parti, fin 2012 à Bloemfontein (centre).Ce qui lui ouvrirait les portes de la présidence du pays en 2013.

Celui que ses nombreux partisans appellent "Juju" ne cesse de critiquer la politique gouvernementale depuis plusieurs mois, jugeant que l'ANC n'est pas allé assez loin dans la transformation socio-économique du pays, dix-sept ans après son arrivée au pouvoir.

Réclamant entre autres mesures radicales, la nationalisation des mines et des banques ou la saisie des terres agricoles, il met ministres et responsables du parti mal à l'aise, les obligeant à faire de régulières mises au point pour rassurer les marchés, les investisseurs étrangers, les classes moyennes ou la minorité blanche.

Les premiers jours de son audition, fin août, ont été marqués par des incidents, des militants de la ligue de jeunesse ont brûlé des drapeaux de l'ANC et des tee-shirts à l'effigie du président Zuma.Des échauffourées ont éclaté avec la police, et quelques journalistes ont été molestés.

Sans doute pour calmer le jeu --et aussi pour se donner le temps de négocier en coulisse--, l'ANC a interrompu les audiences pendant dix jours, et a annoncé qu'elles reprendraient ailleurs qu'au siège du parti.Des commerçants du centre de Johannesburg, où il est situé, s'étaient plaints.

Le parti n'avait pas indiqué vendredi où aurait lieu la suite des débats.Ils devraient durer trois jours, à huis clos.

Outre son rendez-vous avec la justice interne de son parti, Julius Malema attend la décision lundi du tribunal de l'Egalité de Johannesburg qui dira si "Dubula ibhunu", une célèbre chanson de la lutte anti-apartheid qu'il a remis au goût du jour, est un appel à la haine.

Cette chanson qui date de la pèriode de l'apartheid fait polémique en Afrique du Sud.L'ANC considére qu'elle fait partie du patrimoine, tandis que des groupes afrikaners dénoncent en elle un appel au meurtre: "Dubula ibhunu" se traduit du zoulou par "Tirez sur le Boer", Boer désignant un fermier blanc, ou plus généralement un Afrikaner.

Issu d'une pauvre famille du nord du pays, Julius Malema a rapidement percé dans la hiérachie de l'ANC, jusqu'à en prendre la tête de la ligue de jeunesse en 2008. Quand bien même il s'appuie sur les laissés-pour-comptes de l'Afrique du Sud post-apartheid avec un discours radical, il mène grand train et est accusé de népotisme et de corruption.