Afrique: les Chinois de plus en plus souvent victimes de l'insécurité

Par La rédaction

PEKIN (AFP) - (AFP)

La présence accrue des entreprises chinoises dans le monde, et en Afrique notamment, entraîne davantage de risques pour la sécurité de leur personnel, comme l'ont illustré de récentes prises d'otages au Soudan et en Egypte, et remet en question la politique de non-ingérence de Pékin.

"Surtout en Afrique, la présence économique croissante de la Chine bute sur une grandissante insécurité", relève Jonathan Holslag, chercheur à l'Institut d'études sur la Chine contemporaine de Bruxelles dans une note publiée après l'enlèvement samedi de 29 ouvriers chinois par la rébellion du Kordofan-Sud, au Soudan.

Mardi, ce sont 25 travailleurs chinois qui ont été pris en otages par des bédouins égyptiens, avant d'être libérés le lendemain.Ces bédouins voulaient obtenir la libération de cinq des leurs, faits prisonniers par le régime déchu d'Hosni Moubarak.

En Afrique, "des bandes armées considèrent de plus en plus les travailleurs chinois comme des cibles faciles pour obtenir des rançons", constate M. Holslag.Il relève que des attaques mortelles se sont produites contre eux ces dernières années au Soudan, en Ethiopie, au Kenya et au Nigeria, tandis que d'autres ont dû être évacués du Tchad ou de l'est du Congo.

Les entreprises chinoises, d'Etat ou privées, ont considérablement accru ces dernières années leur présence à l'étranger, notamment sur le continent africain, que ce soit pour extraire du pétrole ou des matières premières, cultiver des terres ou construire des hôpitaux, des routes ou des barrages.

En Libye, l'an dernier, la Chine a mis en oeuvre sa plus grande et coûteuse opération de secours et d'assistance en évacuant en pleine guerre civile quelque 36.000 de ses ressortissants qui y travaillaient.

Même en temps de paix, les frictions avec les populations locales sont nombreuses alors que les entreprises chinoises font souvent venir leurs ouvriers de Chine ou sont accusées de maltraiter la main-d'oeuvre locale, comme en Zambie, où le rejet de la présence chinoise est devenu un thème de campagne pour Michael Sata, élu président en septembre.

Les ouvriers chinois sont aussi victimes de la politique chinoise de soutien aux pouvoirs en place, car "des groupes rebelles veulent punir la République populaire pour son soutien à des gouvernements contestés", relève M. Holslag.

Afin de protéger ses investissements et ses expatriés, le gouvernement chinois est donc de plus en plus souvent amené à s'impliquer, au risque d'enfreindre le principe de non-ingérence dans les affaires des autres pays, que Pékin défend bec et ongles quand il s'agit de la Chine.

"Ce principe est maintenu dans la rhétorique et continuera de l'être, mais leurs actions durant les quatre à cinq dernières années indiquent qu'ils sont prêts à l'amender", a déclaré à l'AFP Christopher Alden, spécialiste des relations sino-africaines à la London School of Economics.

Si un gouvernement "est perçu comme stable, qu'il soit démocratique ou autoritaire, les Chinois vont le soutenir", d'après M. Alden.Si toutefois ce gouvernement n'arrive pas "à empêcher une guerre civile, par exemple, ils deviendront beaucoup plus ouverts à d'autres manières de traiter le problème."

Par exemple, là où c'est possible, la Chine s'appuie sur ses organisations internationales ou régionales.

En 2007, elle avait ainsi négocié par l'intermédiaire du Comité international de la Croix rouge (CICR) la libération de sept otages détenus par des rebelles de l'Ogaden, en Ethiopie.

Plus récemment, "la Ligue arabe a été et reste un acteur crucial concernant les positions de la Chine en Libye, et maintenant en Syrie", selon M. Alden.

La Chine tente de limiter les risques en multipliant les alliances dans les pays où elle investit.

"Au Soudan, les Chinois essayent d'avoir des très bonnes relations à la fois avec Khartoum, mais également avec le Soudan du Sud", relève pour sa part Jonas Parello-Plesner, chercheur au Conseil européen des affaires étrangères.