Algérie: Bouteflika de retour mais les questions se multiplient

Par La rédaction

Alger (AFP)

Le président Abdelaziz Bouteflika est rentré en Algérie après 80 jours de soins à l'étranger, ce qui devrait permettre l'avancement de quelques gros dossiers mais les questions demeurent sur sa capacité à achever les neuf mois restants de son mandat.

Affaibli, en chaise roulante, le regard fixe et bougeant lentement ses doigts croisés, le chef de l'Etat a été montré à son retour mardi après-midi par la télévision algérienne entouré de ses principaux collaborateurs, en pleine discussion.

Les seuls mots audibles de la conversation sont "Incha'allah" (Si dieu le veut), prononcés avec effort par le président qui avait été hospitalisé en France le 27 avril à la suite d'un AVC. 

Un remake d'une première séquence tournée le 11 juin à Paris où il avait reçu son Premier ministre Abdelmalek Sellal et le chef d'état-major de l'armée le général Ahmed Gaïd Salah.Au lieu de rassurer, ces images avaient déclenché une nouvelle série de rumeurs sur son état de santé.

Mercredi, même réaction de la presse qui, photo de mardi agrandie à l'appui, s'interrogeait sur son avenir.

Tous les journaux retenaient une phrase du communiqué laconique de la présidence annonçant son retour à Alger après des informations de Paris annonçant un départ discret de la capitale: "Il poursuivra une période de repos et de rééducation".Ni combien de temps, ni où, ni comment.

"Pourra-t-il exercer ses fonctions?", lançaient notamment les quotidiens Le Soir d'Algérie et El Watan.

"S'il est admis que Bouteflika ne se présentera pas à un quatrième mandat, a-t-il la capacité jusqu'à la fin de son mandat" en avril 2014, se demande El Watan, habituellement critique envers le chef de l'Etat, âgé aujourd'hui de 76 ans et au pouvoir depuis 14 ans.

Ses ennuis de santé ont beaucoup fragilisé l'hypothèse d'un quatrième mandat, voulu par ses partisans mais sur lequel il ne s'est pas encore prononcé. 

Images muettes

Pendant son hospitalisation à Paris, le chef de l'Etat a toutefois été crédité de décisions politiques et de messages envoyés à plusieurs pays.

Le chef de l'Etat "n'a jamais cessé d'exercer ses fonctions" affirme ainsi mercredi le quotidien L'Expression, citant la proclamation d'une journée de la presse pour le 22 octobre, le discours au 51e anniversaire de l'indépendance du 5 juillet lu par le général Gaïd Salah, ou encore toutes les visites dans le pays de M. Sellal assorties de promesses pour redresser les problèmes spécifiques à chaque région. 

Mais sont à la seule charge du président la signature d'une loi des finances complémentaire pour 2013 ou encore la gestion des mouvements dans la diplomatie, la magistrature et la gestion préfectorale.

Il doit aussi conclure le cycle des réformes lancées dans la foulée du Printemps arabe qui l'avait amené à entreprendre des réformes politiques jugées, au mieux, timides par l'opposition.

En cours également, une réforme de la Constitution sur laquelle peu d'informations ont filtré.

Le quotidien Liberté rappelle non sans ironie dans un éditorial signé par son patron, Outoudert Abrous, que le chef de l'Etat, en mai 2012 à Sétif (300 km à l'est d'Alger), "avait lui-même déclaré que sa génération doit passer le flambeau à la génération de l'après-indépendance.Mais il a manqué de donner l'exemple.Il n'a pas joint l'acte à la parole".

Plus acerbe encore le commentateur vedette du Quotidien d'Oran, Kamel Daoud, juge que la longue hospitalisation de M. Bouteflika "a épuisé l'indignation, l'humour, la colère et les analyses".

L'Algérie, poursuit-il, a découvert avec cette absence que "Bouteflika n'était pas nécessaire, mais le changement est nécessaire".

Après s'être livré à une violente critique du système politique algérien, Kamel Daoud juge que le retour du chef de l'Etat ne va rien changer: "Rien, sauf la manière de tuer le temps en attendant les prochaines présidentielles.L'homme va gagner du temps, le pays va perdre du temps et cela arrange la transition contrôlée".