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Algérie: face au virus, des initiatives citoyennes au secours de la Santé

27 mars 2020 à 15h45 Par AFP
Collectes de matériel médical, fabrication de gel hydroalcoolique, distributions alimentaires pour les hôpitaux: en Algérie, toute une chaîne de solidarité s'est mise en place pour lutter contre la propagation du nouveau coronavirus et pallier aux faiblesses du système de santé.

L'Algérie, qui a enregistré officiellement 25 décès et 367 cas de Covid-19, a décrété le confinement total du principal foyer de contamination, à Blida, à l'ouest d'Alger, et un couvre-feu dans la capitale.

Tandis que l'activité économique ralentit, la cadence s'accélère dans les hôpitaux.

Les professionnels de santé, qui déplorent le manque de ressources et les piètres conditions de travail et prise en charge des patients, redoutent le pic à venir de l'épidémie.

"Le personnel paramédical du service de réanimation de l'hôpital Frantz Fanon de Blida a fait grève car il n'avait aucun moyen de protection": ni masques, ni gants, ni gel, ni blouse jetable, a dénoncé en début de semaine sur Facebook, Khedidja Bessedik, cheffe de l'un des services de cet établissement.

"Où est l'Etat algérien?Où est le ministère de la Santé?Où sont les 50 millions de bavettes (masques), monsieur le Président?!", s'est-elle indignée, appelant à une "collecte citoyenne" de matériel.

Le président Abdelmadjid Tebboune a pour sa part salué jeudi les "efforts louables" déployés par le corps médical et les agents de santé.

"Vous êtes source de fierté pour nous tous car vous êtes souvent là avec des moyens insuffisants mais à l'avant-garde, vous continuez à mener une guerre acharnée", a-t-il déclaré dans un message adressé au ministre de la Santé.

Lors d'un Conseil des ministres, M. Tebboune a demandé d'allouer près de 91 millions d'euros à l'importation de produits pharmaceutiques, d'équipements de protection et d'appareils d'analyse chimique.

- Bénévolat -

En attendant, les Algériens répondent en faisant don de modestes collectes aux services en ayant le plus besoin.

"Nous collectons avec d'autres collègues du matériel de protection pour les hôpitaux: blouses, gants, masques, gels hydroalcooliques, produits de nettoyage ou alimentaires", témoigne par téléphone Mouna Benchiha, dentiste à Oran (nord-ouest), dont le cabinet a arrêté ses activités par prévention.

Et lorsque les produits ne sont plus disponibles en pharmacie, les professionnels du privé font don des stocks de leurs cabinets pour soutenir le secteur public, dont les besoins ont soudainement augmenté, explique-t-elle à l'AFP.

A Tizi Ouzou, à l'est d'Alger, les étudiants en pharmacie et chimie de l'université Mouloud-Mammeri s'attellent à la fabrication de solutions hydroalcooliques, une initiative désormais imitée par d'autres établissements, selon les médias locaux.

Outre le matériel médical, des bénévoles se chargent aussi du ravitaillement alimentaire.

A Oran, des organisations caritatives, en coordination avec les autorités, livrent désormais des repas aux hôpitaux.

- "Notre santé d'abord" -

  

Réagissant à l'arrêt des transports publics, l'application VTC Yassir propose --en collaboration avec des conducteurs "volontaires"-- un service gratuit à destination des médecins, infirmiers, aides-soignants et agents d'entretien.

La plateforme a aussi mis à disposition un annuaire médical pour des consultations en ligne afin de "désengorger les hôpitaux et les cabinets qui représentent un milieu favorable à la propagation du virus".

Et dans les médias et réseaux sociaux, une campagne de sensibilisation martèle le mot d'ordre: "#Restezchezvous".

Face au virus, le mouvement de contestation antirégime ("Hirak") qui secoue l'Algérie depuis treize mois a dû suspendre ses manifestations hebdomadaires.

Dans un clip vidéo, les artistes et militants qui avaient lancé le tube "Libérez l'Algérie" à l'adresse du régime au printemps 2019, exhortent désormais les Algériens à préserver leur santé.

"Notre santé d'abord", "s'en sortir pour sortir", "se protéger pour que la Révolution ait un avenir", insistent ainsi les messages qui défilent à l'écran.

Forcé de muter, le "Hirak" privilégie ainsi une "mobilisation sanitaire", en attendant de pouvoir redescendre dans la rue.