Algérie: les opposants en ordre dispersé

Par La rédaction

ALGER (AFP)

Les contestataires du régime en Algérie, inspirés par le changement politique en Tunisie, semblaient réagir vendredi en ordre dispersé, à la veille d'une manifestation pour la démocratisation prévue par un parti politique mais interdite par les autorités.

Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD, 19 députés sur 385), formation d'opposition, a maintenu son appel."Nous revendiquons le droit de marcher pacifiquement dans notre capitale", a-t-il déclaré dans un communiqué reçu en fin d'après-midi par l'AFP.

Il réaffirmait ainsi pour la troisième fois sa décision d'organiser une marche à partir de 10H00 GMT dans le centre d'Alger, de la Place de la Concorde jusqu'à l'Assemblée nationale populaire (parlement).

Les manifestations sont proscrites en Algérie en vertu de l'état d'urgence en vigueur depuis 1992.La wilaya (préfecture) d'Alger a demandé aux habitants de ne pas suivre cet appel.

Un autre parti d'opposition, le Front des Forces Socialistes (FFS, non représenté au parlement) du dirigeant historique Hocine Aït Ahmed, installé en Suisse, s'en est pris vendredi à la démarche du RCD.

Toujours prompte à intervenir sur la scène politique, le FFS l'a accusé sans le nommer de "conférer avec le DRS (les services de la sécurité militaire)" tout en faisant "appel aux forces du changement", dans un communiqué à l'AFP.

Le RCD que le FFS, tous deux très bien implantés en Kabylie, ont toujours été en rivalité politique.

Par ailleurs, une déclaration faisant l'éloge de la révolution en Tunisie a d'ores et déjà signée par une trentaine de personnalités notamment universitaires et de la presse: ouverte aux signatures, elle circulait vendredi en Algérie, où des émeutes essentiellement menées par des jeunes au début du mois ont fait cinq morts et plus de 800 blessés.

Rendant hommage à leurs voisins de l'Est pour avoir renversé le régime de Zine Al Abidine Ben Ali le 14 janvier, les signataires estiment que cette "juste action du peuple tunisien ouvre une nouvelle situation politique dans un Maghreb lié par un destin commun".

S'ils ne se sont pas prononcé sur la démarche du RCD, les auteurs de la pétition ont toutefois appelé à l'union.

Ils souhaitent "la convergence de toutes les (...) initiatives de citoyens, d'associations, de syndicats et de partis politiques allant dans le sens de la levée du carcan sur la vie publique et pour l'avènement de l'alternance démocratique en Algérie".

La Ligue algérienne pour la défense des droits de l'Homme (LADDH), quatre syndicats autonomes algériens et d'autres formations politiques dont le RCD et le FFS se sont réunis vendredi et "ont créé une coalition qui se réunira constamment", a indiqué le président de la LADDH, Mostefa Bouchachi, à l'AFP.

Ils prévoient une marche pour l'anniversaire le 9 février de la proclamation de l'Etat d'urgence, intervenue en pleine guerre contre les islamistes en 1992.

Quant à celle de samedi, "la plupart des gens vont y participer, je pense", a déclaré Me Bouchachi.Il a toutefois reconnu que les parties présentes à la réunion "n'avaient pas appelé officiellement à y aller".

Le président du RCD, Saïd Sadi, avait auparavant déclaré au téléphone à l'AFP que la marche faisait l'objet de discussions avec des membres de l'opposition tout en refusant de dire ceux-ci s'y joindront: "je ne peux pas parler à leur place", a-t-il dit.

En tous cas les autorités ont réagi très rapidement et très clairement à cet appel à manifester.

Dans un communiqué jeudi soir, la wilaya (préfecture) d'Alger a rappelé que "les marches à Alger ne sont pas autorisées" et que "tout rassemblement sur la voie publique est considéré comme une atteinte à l'ordre public".