Algérie: plus de 30 détenus d'opinion libérés, dont le journaliste Khaled Drareni

19 février 2021 à 18h36 par AFP

AFRICA RADIO

Plus de 30 détenus d'opinion en Algérie, dont le journaliste et militant Khaled Drareni, ont été libérés vendredi à la faveur d'une grâce présidentielle accordée à trois jours du 2e anniversaire du soulèvement populaire du Hirak.

"Au total, 33 personnes ont été libérées jusqu’ici.Les procédures sont en cours pour le reste", a indiqué un communiqué du ministère de la Justice sans préciser leurs noms.

Des photos et vidéos relayées sur les réseaux sociaux ont montré des détenus retrouvant leurs proches dans plusieurs régions dont celle de Koléa à l'ouest d'Alger, ou familles et journalistes ont attendu toute la journée la libération des prisonniers.

Parmi les personnes libérées de Koléa figure Khaled Drareni, condamné à deux ans de prison en septembre dernier et devenu le symbole du combat pour la liberté de la presse en Algérie. 

"Il est libre", a déclaré à l'AFP Abdelghani Badi, l'un des avocats du correspondant en Algérie de la chaîne TV5 Monde et de Reporters sans frontières, en précisant qu'il s'agissait d'une mesure de "liberté provisoire".

Le journaliste âgé de 40 ans est apparu sur des images des réseaux sociaux à sa sortie de prison, porté par une foule de sympathisants.

Khaled Drareni est en attente d'une décision de la Cour suprême le 25 février sur son pourvoi en cassation.

L'opposant Rachid Nekkaz, 47, a également été remis en liberté, selon le Comité national de libération des détenus (CNLD).

- "Pas suffisant" -

Rachid Nekkaz, 47 ans, incarcéré à la prison d'El Bayadh (sud-ouest), avait commencé une grève de la faim dans la journée pour protester contre sa détention prolongée, sans jugement, malgré la détérioration de son état de santé selon son entourage.

"Nous souhaitons que la grâce (présidentielle) soit un premier pas vers une véritable transition politique où le peuple sera souverain", a déclaré l'avocat Badi devant la prison de Koléa.

Dans son discours à la nation jeudi, le président Abdelmadjid Tebboune a déclaré: "Le +Hirak béni+ a sauvé l'Algérie.J'ai décidé d'accorder une grâce présidentielle (...) Entre 55 et 60 personnes rejoindront leurs familles" d'ici vendredi soir.

Selon le CNLD, quelque 70 personnes sont en prison en lien avec le Hirak et/ou les libertés individuelles.

"Le peuple n'est pas satisfait des décisions du gouvernement, nous voulons construire un pays indépendant et libre, et cette grâce est loin d'être suffisante", a réagi devant l'AFP Moussa Abdelli, un chauffeur de taxi de 57 ans.

Plusieurs militants ont par contre salué ces libérations alors que le pays est miné par une triple crise politique, économique et sanitaire.

Au lendemain de son élection en décembre 2019, M. Tebboune a accordé une grâce à 76 détenus, dont des figures du Hirak, libérés le 2 janvier 2020.

Ce nouveau geste d'apaisement du président, sitôt de retour d'un longue hospitalisation en Allemagne, survient avant le 2e anniversaire du Hirak, le 22 février 2019, qui a forcé l'ex-homme fort Abdelaziz Bouteflika à quitter le pouvoir.

- Manifestations -

Le Hirak, suspendu depuis mars dernier en raison de la crise sanitaire, a repris ses marches avant la date anniversaire. 

Mardi, des milliers d'Algériens ont réclamé "la chute du régime" et "la libération des détenus d'opinion", à Kherrata (est), ville considérée comme le berceau du soulèvement inédit.Des manifestations ont également eu lieu vendredi à Khenchela et Sétif (est) et des appels à manifester lundi dans tout le pays circulent sur les réseaux sociaux. 

Des forces de police et véhicules antiémeutes étaient déployées en grand nombre vendredi dans le centre d'Alger.

"A part la libération des détenus (...), Tebboune maintient toujours sa feuille de route et son agenda d'aller aux législatives pour achever le Hirak", a déploré Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme.

M. Tebboune a promis de dissoudre l'Assemblée nationale et d'organiser des législatives anticipées d'ici la fin de l'année.Un remaniement ministériel devrait également intervenir "dans les 48 heures au maximum" selon lui.

"En offrant des perspectives électorales et de participation à la vie politique, le président espère changer la donne, et remettre la vie politique dans les institutions pour l’extraire définitivement de la rue", analyse l'écrivain et chroniqueur Abed Charef.