Après l'attentat du Bardo, la Tunisie veut relever le défi de la sécurité

21 mars 2015 à 10h03 par La rédaction

Tunis (AFP)

La Tunisie dit vouloir relever le défi de la sécurité après avoir reconnu des "failles" lors de l'attentat, revendiqué par le groupe Etat islamique (EI), qui a coûté la vie à 20 touristes étrangers et un Tunisien au musée du Bardo.

"Le premier défi est celui de la sécurité et (...) de remporter la guerre contre le terrorisme", a lancé le président Béji Caïd Essebsi dans un discours diffusé vendredi soir à l'occasion du 59è anniversaire de l'indépendance de son pays.

Mercredi, deux jeunes Tunisiens armés de Kalachnikov et identifiés comme Yassine Abidi et Jabeur Khachnaoui ont ouvert le feu sur des touristes qui descendaient de leurs bus pour visiter le musée du Bardo, le plus prestigieux du pays, avant de les pourchasser à l'intérieur du bâtiment.

Vingt et une personnes -20 touristes dont quatre Italiens et trois Français ainsi qu'un policier tunisien- ont été tuées dans cette attaque, la première à être revendiquée par l'EI sur le sol tunisien et à viser des étrangers depuis la révolution de 2011.

L'une des 20 victimes étrangères reste encore à identifier, selon le ministère de la Santé.

 

- Interrogations et "failles" -

 

Le déroulement de l'attaque a soulevé des interrogations, le musée se trouvant dans la même enceinte que le Parlement censée être placée sous forte protection.

Si le ministre de l'Intérieur Najem Gharsalli a assuré que ses troupes avaient réussi "à éviter une véritable catastrophe, parce que se trouvaient dans le musée au moment de l'attaque environ 300 personnes", le chef du gouvernement Habib Essid a lui reconnu "des failles dans tout le système sécuritaire".

Et le vice-président de l'Assemblée, Abdelfattah Mourou, a affirmé à l'AFP que, mercredi, "il n'y avait pas de police autour du Parlement et du musée".

"J'ai appris qu'il y avait quatre policiers seulement qui devaient assurer la sécurité autour du Parlement, dont deux étaient au café.Le troisième mangeait un casse-croûte et le quatrième ne s'est pas présenté", a-t-il déploré.

Selon des médias locaux, de nombreuses interpellations ont eu lieu après l'attaque outre les neuf annoncées par les autorités, mais le Parquet a refusé de fournir des informations à ce sujet.

"Le dossier est chez le juge d'instruction.Il y a des développements dans le dossier mais pour préserver le secret de l'enquête et son efficacité nous préférons ne donner aucun détail", a dit à l'AFP son porte-parole Sofiène Sliti.

Des jihadistes ralliés à l'EI, un groupe qui compte au moins plusieurs centaines de Tunisiens dans ses rangs, avaient menacé la Tunisie d'attaques ces dernières semaines.

Selon les autorités tunisiennes, près de 500 Tunisiens ayant combattu en Syrie, en Irak ou en Libye sont de retour chez eux aujourd'hui."Des bombes à retardement", avertissait le quotidien Al-Chourouq samedi.

Les deux auteurs de l'attentat, des "extrémistes salafistes", se sont formés au maniement des armes en Libye, selon le gouvernement.

 

- Union nationale -

 

Face à la menace jihadiste, les responsables tunisiens ont appelé à l'union nationale.

"Nous ne pouvons gagner cette guerre si nous ne sommes pas tous ensemble", a ainsi dit M. Caïd Essebsi.

"Quand le peuple tunisien s'unit, il l'emporte.Il faut que le peuple tunisien se comporte en nation", a-t-il ajouté devant un parterre d'invités dont faisait partie le président du parti islamiste Ennahda, Rached Ghannouchi, ennemi d'hier et partenaire dans la coalition gouvernementale depuis début février.

Sur les réseaux sociaux, la solidarité avec la Tunisie se poursuivait avec les "#JeSuisTunisien", "#JeSuisBardo" ainsi que des promesses de passer des vacances en Tunisie.

Le comité d'organisation du Forum social mondial (FSM), qui se tient du 24 au 28 mars à Tunis, a indiqué après l'attentat que ce rassemblement aurait bien lieu "sans aucun changement ou modification".

Une marche en direction du musée du Bardo est d'ailleurs prévue le 24 mars à l'ouverture du FSM sous la devise "Les peuples du monde contre le terrorisme".