Après la famine, les déplacés somaliens hésitent à rentrer chez eux

Par La rédaction

MOGADISCIO (AFP) - (AFP)

Haweyo Ibrahim ne rentrera pas chez elle.Plutôt faire la queue pour une ration de nourriture à Mogadiscio que revenir là où les rebelles islamistes somaliens ont tué son mari.

"Tant que les (islamistes) shebab seront là, je ne pourrai pas revenir.Je ne peux pas retourner là où ils ont assassiné mon mari", dit cette femme de 40 ans, qui en paraît vingt de plus, et dont le regard trahit une immense émotion à l'évocation de ce drame.

Haweyo a quitté sa région de Bay, au sud du pays, en février 2011.Son mari "a été assassiné parce qu'il avait refusé d'être enrôlé " dans les rangs des insurgés, en lutte contre un fragile gouvernement de transition soutenu par la communauté internationale, explique-t-elle.

Elle s'est réfugié à Mogadiscio avec ses dix enfants, dans l'anonymat de cette marée humaine de 185.000 déplacés, selon l'ONU, échoués aujourd'hui dans la capitale somalienne pour fuir la sécheresse, la famine et la répression des shebab, maîtres de la plus grande partie des provinces du sud et du centre.

Ces régions sont sorties ce mois-ci de l'état de famine déclaré en juillet dernier par l'ONU, et qui a tué plusieurs dizaines de milliers de personnes.Mais la situation alimentaire y demeure "très critique", selon le vocable onusien, et les shebab sont toujours là, même si l'entrée en Somalie des troupes kényanes puis éthiopiennes a entamé leur emprise depuis octobre dernier.

Comme Haweyo Ibrahim, plusieurs centaines de femmes, et de rares hommes, attendent, sous la chaleur écrasante de ce début de "jilal" (saison sèche), le repas chaud quotidien offert par le Programme alimentaire mondial (PAM), dans le centre d'aide de Waberi, en centre ville.

Le PAM nourrissait en décembre dernier 363.000 personnes à Mogadiscio -- 1,3 million dans l'ensemble de la Somalie, sur 8 millions d'habitants --, soit plus qu'en août dernier (326.000), quand le monde découvrait l'ampleur de la catastrophe.

"Cette nourriture, c'est mon seul moyen de survie", témoigne une autre déplacée, Mohubo Abdirashid, en montrant son sceau en plastique.

Dahabo Hassan Habeeb, elle, envisagerait bien de revenir dans sa province du Bas Shabelle (sud) quittée en juillet dernier.Mais seulement "si les shebab nous autorisent à revenir et si elle peut avoir une aide", car "tous ses animaux ont été tués" par la sécheresse, explique-t-elle dans le camp de déplacés de Maago, dont les huttes de branches et de bâches jouxtent l'aéroport.

Aide au retour dans les campagnes

Cette aide au retour, c'est précisément ce que lancent les Nations unies, auprès de 4.000 familles à titre expérimental pour le moment, et au profit d'au moins 200.000 personnes dans les prochains mois si tout va bien.

"Pour le moment, (le retour des déplacés) ne paraît pas susciter d'objection de la part des shebab, qui ont toujours prôné l'autosuffisance alimentaire", observe Mark Bowden, coordinateur humanitaire de l'ONU pour la Somalie, dans un entretien à l'AFP.

Un tiers des 1,5 milliard de dollars (1,14 md euros) demandés par les Nations unies cette année pour la Somalie ira à cette forme d'aide, destinée à redonner aux gens une possibilité de travailler, au delà de l'assistance d'urgence."Nous devons aider de façon plus créative, afin de réduire la dépendance" de la population, explique M. Bowden.

Il faudra également racheter du bétail à une partie des centaines de milliers d'éleveurs échoués dans les villes depuis qu'ils ont vu mourir leurs bêtes."Il y a de plus en plus de gens en situation de détresse dans les villes, il n'y a plus de capacité de résistance dans l'économie somalienne", s'inquiète M. Bowden.

"La seule force de résistance provient de la diaspora" somalienne, dont les transferts d'argent à la famille restée au pays constitue la principale source de revenus nationale (environ 760 M EUR/an)."La Somalie va avoir besoin d'aide humanitaires pendant de nombreuses années encore", prévient-il, à l'approche d'une conférence internationale convoquée à Londres le 23 février pour trouver des solutions globales à ce pays en guerre civile depuis plus de vingt ans.