Arrivée en Tunisie de l'enfer libyen: fatigue, traumatisme et solidarité

23 février 2011 à 17h54 par La rédaction

RAS JEDIR (Tunisie) (AFP)

D'un coup ils sont arrivés en masse à la frontière, terrorisés par les harangues de Kadhafi.Des Tunisiens de Libye et de plus en plus de Tripoli.Des bénévoles du Croissant rouge s'activent, les dons arrivent par caravanes.Des Libyens crient leur haine.

En 24 heures, le principal point de passage entre la Libye et la Tunisie à Ras Jedir s'est transformé en véritable centre d'accueil pour réfugiés.Plus de 5.700 personnes, essentiellement des Tunisiens, sont arrivés les deux derniers jours, beaucoup mardi soir.

Traînant valises et baluchons après avoir franchi l'arc de triomphe qui marque pour eux la sortie de l'enfer, ils continuent de franchir la frontière mercredi, traumatisés.

"C'était horrible tout simplement.On a entendu des coups de feu toute la nuit.Je suis sous le choc, épuisée de fatigue, de faim, de tout ce qu'on a vu.Les enfants, ils ont vu des choses", lâche Mouna, femme au foyer tunisienne de 33 ans.Avec son mari, ils ont décidé de quitter Tripoli lundi avec leurs deux enfants.Deux jours pour rien à l'aéroport à dormir sur les valises et à manger des biscuits.Et finalement la route, avec quelques effets rassemblés à la va-vite.

Sandwich au fromage, galette à l'harissa, olives: à leur arrivée, les migrants peuvent se ressourcer sur des chaises de jardin, grâce à la générosité des habitants de Ben Guerdane, première ville après la frontière, qui ont collecté argent et nourriture.

Les Tunisiens s'organisent, solidaires, eux qui ont soufflé le vent de révolution dans le monde arabe.De partout des dons arrivent pour les Libyens.Une caravane de 25 voitures remplies de médicaments et de vivres arrivée de Kebli (sud-ouest de la Tunisie) mardi soir.Une autre de 11 voitures mercredi matin de Tunis.

"C'est pour les victimes de Kadhafi.Nous sommes un groupe de Tunisiens venus aider nos amis libyens.(...) Nous attendons la destruction de ce dictateur-là", lance Mejri Hichem, ingénieur.

Mais les Libyens "n'acceptent pas d'aide, c'est interdit d'entrer", dit un responsable syndical Hocine Betaieb.Les stocks s'accumulent à l'hôpital et à la maison du peuple de Ben Guerdane.

Des bénévoles du Croissant rouge s'activent.Accueillir, nourrir, transporter les migrants d'aujourd'hui, prévoir ceux de demain.Tentes d'accueil, postes médicaux avancés, médicaments et vivres: ils se préparent.

Le leader libyen Mouammar Kadhafi, en proie à une contestation sans précédent en 42 ans de pouvoir, a menacé mardi soir de "boucheries" si ses opposants ne rendent pas leurs armes."On a senti vraiment la peur après les déclarations de Kadhafi", dit Hadih Ahmed, cuisinier tunisien de 52 ans.

Dans la foule, un vieux Tunisien cherche son fils Aladin, cuisinier dans la capitale libyenne, interpelle les nouveaux arrivants en demandant des nouvelles."La dernière fois que je lui ai parlé, c'était il y a trois jours, il m'a dit qu'il était à l'aéroport et depuis plus rien", dit Kamel Bouchouicha.

Après le flot de centaines de jeunes Tunisiens ouvriers, cuisiniers, maçons en Libye arrivés depuis dimanche, c'est au tour des premières familles, des personnes plus aisées.

Plus de Libyens aussi.Certains cherchent les caméras, ils veulent témoigner alors que les cartes mémoires des téléphones portables, appareils photo, caméras sont confisqués après une fouille serrée avant la sortie du pays, selon de nombreux témoignages.

"C'est un massacre en Libye", crie Omar Ali Mohamed Al-Assadi."Je veux l'intervention de l'Occident pour arrêter ce massacre tout de suite, il faut que les Européens soutiennent les Libyens et ne cherchent pas le pétrole car Kadhafi est fini, il va tomber".