Attentat à Marrakech: nouveau bilan de 16 morts, la piste d'Al-Qaïda pas exclue

29 avril 2011 à 9h49 par La rédaction

RABAT (AFP)

Les autorités marocaines exploraient vendredi "toutes les pistes y compris celle d'Al-Qaïda" dans l'enquête sur l' attentat non revendiqué, perpétré la veille contre un café très fréquenté du centre de Marrakech, et dont le bilan s'est alourdi à 16 morts.

Un responsable de l'hôpital Ibn Tofail de cette ville à 350 km au sud de Rabat, a indiqué vendredi à l'AFP que deux personnes avaient "succombé à leurs blessures dans la nuit", ce qui porte le bilan à 16 tués.Le précédent bilan était de 14 morts et 23 blessés.

"Toutes les pistes sont à explorer, y compris celle d'Al-Qaïda, et les investigations continuent", a déclaré à l'AFP Khalid Naciri, ministre marocain de la Communication et porte-parole du gouvernement.

"L'enquête se poursuit pour déterminer les responsabilités mais pour l'instant je m'interdis de porter un doigt accusateur", a-t-il ajouté.La veille, le ministre avait stigmatisé "un acte terroriste"."Le Maroc est confronté aux mêmes menaces qu'en mai 2003 et il y fera face avec diligence", avait-il ajouté.

Le 16 mai 2003, des attentats menés par des islamistes à Casablanca avaient tué 33 personnes ainsi que les 12 kamikazes impliqués.

Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), une organisation d'extrémistes islamistes, est active dans la région --Algérie, Mali, Niger et Mauritanie-- et détient quatre français, enlevés au Niger.

Après l'attentat de Marrakech, les forces de sécurité marocaines se sont déployées dans le pays et des barrages ont été dressés à l'entrée des grandes villes du Maroc pour assurer la sécurité intérieure.

Le ministre Naciri a également affirmé vendredi que le processus de réformes politiques en cours ne serait pas remis en cause."Il ne s'arrêtera pas et le Maroc sera encore plus fort dans sa résistance à toutes les tentatives de déstabilisation", a-t-il souligné.

Le 9 mars, le roi Mohammed VI avait annoncé d'importantes réformes constitutionnelles visant notamment à renforcer l'indépendance de la justice et la séparation des pouvoirs, en réaction à des manifestations pacifiques de jeunes revendiquant des changements politiques profonds.

Jeudi, le roi a promptement réagi en exigeant une enquête rapide sur l'attentat le plus meurtrier dans ce royaume d'Afrique du Nord depuis les attaques islamistes de Casablanca.Le ministre de l'Intérieur Taïb Cherkaoui s'est rendu sur les lieux de l'attentat et a annoncé l'ouverture d'une enquête "avec l'aide des pays amis et voisins", se refusant à confirmer la thèse d'un attentat-kamikaze, reprise par la presse marocaine.

Le parquet de Paris a ouvert jeudi une enquête préliminaire sur cette attaque dans laquelle au moins six Français ont péri et dix ont été blessés selon une source gouvernementale française.Des policiers antiterroristes et scientifiques français ont été dépêchés vendredi matin à Marrakech.

Le ministère français des Affaires étrangères a indiqué qu'il restait "en phase de vérification" des identités des victimes et s'est refusé à confirmer tout bilan des victimes françaises.

Le ministère marocain de l'Intérieur avait précisé jeudi que 11 étrangers avaient été tués et des sources médicales marocaines avaient indiqué que huit Français étaient au nombre des morts.

Le ministère néerlandais des Affaires étrangères a annoncé la mort d'un de ses ressortissants, ajoutant que deux autres Néerlandais avaient été grièvement blessés.

Le Conseil de sécurité de l'ONU et son secrétaire général Ban Ki-moon, Paris, Madrid, Washington, Dakar, Libreville ont dénoncé cette attaque "terroriste" et "haineuse" contre le café Argana au centre de cette cité historique, première destination des visiteurs étrangers au Maroc.

Vendredi matin, des Marocains par dizaines et quelques touristes contemplaient d'un air abattu la façade soufflée du café Argana.

La déflagration, survenue à la mi-journée, a soufflé l'établissement sur la célèbre place Jamâa El-Fna.

Sur la terrasse à l'étage, où a eu lieu l'explosion, les vitres ont été brisées, le mobilier est sans dessus dessous, les tonnelles se sont effondrées.L'écriteau "Restaurant Argana" a perdu son E, a constaté l'AFP.Des agents de la police scientifique recueillaient patiemment des traces pouvant faire avancer l'enquête.