Attentats au Nigeria: les autorités admettent avoir été alertées

3 octobre 2010 à 13h11 par La rédaction

ABUJA (AFP)

Les services de renseignement du Nigeria ont reconnu avoir été prévenus d'une menace du Mend --le groupe armé qui a revendiqué un double attentat vendredi à Abuja pendant les fêtes anniversaire de l'indépendance--, quelques jours avant les explosions qui ont fait 12 morts.

La porte-parole des services de renseignement, Marilyn Ogar, a précisé samedi que ceux-ci avaient été alertés "il y a environ cinq jours" par un message du Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger (Mend) sur le site internet Sahara Reporters.Le Mend prévenait qu'il allait perturber les festivités marquant le 50e anniversaire de l'indépendance.

Le Mend a affirmé samedi avoir prévenu les forces de sécurité nigérianes cinq jours avant les attentats puis leur avoir adressé un ultimatum une heure avant les explosions et a reproché aux autorités d'avoir ignoré sa double mise en garde.

Les bombes, placées dans des voitures piégées, ont explosé à Eagle Square, une place où se déroulait les célébrations, marquées par un défilé militaire, en présence du président Goodluck Jonathan.

Le Mend a dit "regretter les pertes humaines qui auraient pu être évitées", dans un nouveau communiqué adressé aux medias tard samedi et a une nouvelle fois dénoncé "l'attitude irresponsable des forces de sécurité gouvernementales" qui n'ont pas tenu compte de ses avertissements.

"Nos pensées vont aux familles des victimes, qui, nous le savons, soutenaient notre cause", ajoute le Mend qui affirme lutter pour une meilleure répartition des revenus du pétrole.Les sites de production du pétrole nigérian se trouvent, pour l'essentiel, dans la région du Delta du Niger (sud), une région très pauvre où l'environnement est gravement menacé.

Le Nigeria avait aussi été alerté il y a plus de quinze jours par des services de renseignement étrangers contre une éventuelle menace de la branche d'Al-Qaïda active en Afrique du Nord, a ajouté Mme Ogar, en précisant que cette menace était générale et qu'en aucun cas, elle n'attribuait les attentats d'Abuja aux islamistes.

"Nous avions été mis en garde contre Al-Qaïda.Si Al-Qaïda a été capable de pénétrer dans certains pays d'Afrique du Nord...Bien sûr, dans notre situation très particulière...", a déclaré Mme Ogar à l'AFP.Le Nigeria, le pays le plus peuplé d'Afrique avec 150 millions d'habitants, compte environ pour moitié des musulmans et pour moitié des chrétiens.

Selon le journal nigérian ThisDay, les services de renseignement britanniques avaient prévenu le Nigeria de la possibilité d'un attentat.Le Foreign office a refusé de confirmer l'information, tout comme la police nigériane.

Invité aux célébrations de l'indépendance, comme d'autres délégations étrangères, le duc de Gloucester, représentant la reine Elisabeth II, ainsi que sa délégation, n'avaient finalement pas assisté au défilé à Eagle Square.Un porte-parole de l'ambassade de Grande-Bretagne, David LLoyd-Davies, a confirmé ce changement de programme mais n'a pas voulu en donner les raisons.

Les deux menaces, celle liée à Al-Qaïda et l'avertissement du Mend, ont conduit les autorités nigérianes à renforcer la sécurité entourant les fêtes commémorant l'indépendance, a affirmé Marilyn Ogar, relevant que les explosions n'avaient pas eu lieu au coeur du défilé, mais à proximité.

Pour la porte-parole, l'enquête n'a pas encore permis de confirmer si le Mend était bien à l'origine des attentats.Si cela s'avérait, il s'agirait de la première opération du groupe armé dans la capitale.

Le Mend a nié qu'un de ses anciens leaders, Henry Okah, arrêté samedi en Afrique du Sud, soit impliqué."Okah n'a jamais été impliqué dans aucune opération du Mend mais a toujours été mis en cause, ce qui est étrange", a déclaré le mouvement.

Henry Okah, interpellé à Johannesburg, doit comparaître devant un tribunal lundi.Arrêté dans le cadre de la loi contre le terrorisme, il a nié tout lien avec les attentats d'Abuja et n'avait fait, dimanche midi, l'objet d'aucun mandat, selon son avocat.