Au Mozambique, le processus de paix en suspens après la mort du chef de l'opposition

Par AFP

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La mort inattendue du chef historique de la guérilla puis de l'opposition mozambicaine Afonso Dhlakama a jeté le doute sur l'avenir du processus de paix engagé depuis des mois avec le gouvernement de Maputo, qui semblait proche d'aboutir.

Annoncé jeudi soir, le décès du patron de la Résistance nationale du Mozambique (Renamo) dans son camp retranché des montagnes de Gorongosa (centre) a pris le pays de cours.

Dans la capitale de la province Beira, où son corps a été placé à la morgue, les militants du parti étaient vendredi sous le choc.

"Je suis très déçue qu'il soit parti si tôt sans avoir eu la chance de diriger le Mozambique", a déclaré l'une d'elles, Delphina Joaquim, 29 ans, devant le siège local du mouvement."Je peux garantir que nous allons achever la mission qu'il nous a laissée".

Dès jeudi soir, son principal adversaire politique, le président Filipe Nyusi, a confié à la télévision nationale tout son désarroi.

"Je suis bouleversé car j'aurais dû obtenir son transfert (pour des raisons médicales), mais ils (la Renamo) ne m'ont pas dit il y a une semaine qu'il était malade", a regretté le chef de l'Etat.

Selon la presse locale, l'hélicoptère que M. Nuysi avait dépêché à Gorongosa pour faire hospitaliser Afonso Dhlakama, qui souffrait d'un diabète sévère, est arrivé trop tard.

"C'est une mauvaise période pour nous", a ajouté le président.

Depuis plusieurs mois, il négociait directement avec le chef de la Renamo un accord de paix susceptible de mettre un terme à la rébellion relancée par la Renamo fin 2013. "J'espère que nous tous, Mozambicains, pourrons continuer à faire tout ce qui est possible pour que les choses ne dérapent pas".

- 'Préoccupés' -

"Nous sommes préoccupés", a déclaré en écho à l'AFP un dirigeant local de la Renamo à Beira, Alberto Joao."L'ouvrier de cet accord a perdu la vie", a-t-il ajouté, "nous ne savons pas qui va poursuivre ce processus".

A six mois des élections locales et un an et demi des prochains scrutins présidentiel et législatifs, la disparition d'Afonso Dhlakama risque toutefois de retarder les pourparlers.

"Sa mort va compliquer les efforts de paix", a estimé à l'AFP Alex Vines, du centre de réflexion britannique de Chatham House.

"J'anticipais un accord dans les huit prochaines semaines, ce ne sera pas possible", a-t-il ajouté, "le pouvoir au sein de la Renamo était très centralisé autour de Dhlakama et toutes les décisions importantes n'étaient prises qu'avec son aval".

Pendant trente-neuf ans, Afonso Dhlakama a dirigé d'une main de fer la Renamo, qui a combattu le Front de libération du Mozambique (Frelimo, au pouvoir) jusqu'en 1992 au cours d'une guerre civile particulièrement meurtrière.La guérilla recrutait notamment de force des enfants pour en faire des soldats. 

Au retour à la paix, il est devenu le premier opposant du régime mais a échoué systématiquement à l'élection présidentielle.

Son parti avait repris les armes dans le centre du pays en 2013 pour contester la mainmise du parti au pouvoir.Après une nouvelle défaite à la présidentielle en 2015 face à l'actuel président, M. Dhlakama avait repris le maquis.

Fin 2016, il a toutefois proclamé un cessez-le-feu, qui a permis de faire avancer les discussions en vue d'une paix durable.

- 'Vide du pouvoir' -

Les deux parties se sont déjà accordées sur une réforme constitutionnelle dite de "décentralisation" qui doit permettre à la Renamo d'obtenir quelques postes de gouverneurs de provinces lors des prochaines élections locales.

Mais l'épineuse question de l'intégration des éléments armés de la Renamo dans l'armée et la police restait en suspens.

"L'Union européenne encourage le gouvernement et la Renamo à poursuivre leur engagement ferme et durable afin qu'un accord global pour une paix durable puisse être rapidement conclu", a réagi l'ambassade de Bruxelles à Maputo.

Sonné par la disparition de son chef charismatique, l'état-major de la Renamo s'est gardé de toute déclaration politique.

"Le parti est confronté à un vide du pouvoir", a estimé Ed Hobey-Hamsher, analyste à Maplecroft Risk."Dhlakama avait réussi à apaiser les tensions entre les ailes militaires et politique du parti (...) sans lui, les conflits de stratégies vont s'accroître à l'approche des élections générales de 2019".

Ces derniers mois, la Renamo semblait gagner du terrain sur le président et le parti au pouvoir, déstabilisés depuis plus d'un an par le scandale dit de la "dette cachée".

Le Mozambique, un des pays les plus pauvres du continent, est plongé dans une grave crise économique et financière provoquée par la découverte d'une dette de 2 milliards de dollars que son gouvernement avait tenue secrète.

"Le Frelimo va profiter de ce problème de direction à la tête de la Renamo", a anticipé le centre d'analyses Eurasia Group, "il va l'emporter avec une avance supérieure".

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