Au sommet de l'UA, les "révolutions" d'Egypte et de Tunisie en lointain écho

Par La rédaction

AFRICA RADIO
ADDIS ABEBA (AFP)

L'Egypte de Moubarak tremble sous la pression de la rue, la Tunisie de Ben Ali s'est effondrée: des événements qui n'ont en rien ébranlé l'ordonnancement du sommet de l'UA, même si de rares voix ont appelé les dirigeants africains à écouter les aspirations au changement.

Au delà de la crise ivoirienne et de la future partition du Soudan, qui ont dominé comme prévu le sommet d'Addis Abeba, les bouleversements en Tunisie et les manifestations en Egypte ont certes été abordées.

L'UA n'a pas manqué de se dire "préoccupée" par la situation en Egypte, appelant même, par son commissaire à la paix Ramtane Lamamra, à "des réformes économiques, des mesures sociales".

Pour autant, les réunions aux thèmes très convenus se succèdent comme si de rien n'était dans les salles du Centre de conférences de l'ONU.Ministres et délégués tout sourire déambulent dans l'imposant hall de marbre du bâtiment onusien, en route vers leur prochaine réunion.

Quelques-uns lèvent à peine le nez vers des écrans plats branchés sur la BBC, qui diffusent images d'émeutes et de bâtiments en flammes au Caire, discret rappel à la réalité dans ce monde feutré de la diplomatie.

Vendredi, alors que les manifestants défiaient le président Hosni Moubarak dans la rue, une agitation était perceptible au sein de la délégation égyptienne à Addis  Abeba.   

Des diplomates anxieux s'agglutinaient autour du ministre des Affaires étrangères Ahmed Aboul Gheit, désormais membre d'un gouvernement démissionnaire, pour de mystérieux conciliabules en arabe.

"Il y a un décalage incroyable entre les événements et ce qui se passe dans cette assemblée, avec sa langue de bois, ces discours lénifiants que personne n'écoute, et ces chefs d'Etat-dictateurs dont certains sont au pouvoir depuis plus de trente ans", dénonce le porte-parole de l'organisation Human Rights Watch (HRW), Reed Brody.

L'élection samedi par ses pairs du président équato-guinéen Téodoro Obiang Nguema à la tête de l'UA "est particulièrement caricaturale", estime M. Brody.

Arrivé à la tête de la Guinée équatoriale en 1979 à la faveur d'un coup d'Etat, celui qui dirige depuis d'une main de fer son pays s'est fait l'avocat de la "promotion de la démocratie et les droits de l'homme", tout en soulignant la nécessité de "les adapter à la culture africaine".

Vendredi, c'est l'indéboulonnable président zimbabwéen Robert Mugabe, 86 ans, qui a pris part à une importante réunion de l'UA pour trouver une "solution démocratique" à la crise ivoirienne.

"On est très loin ici du peuple africain", juge le porte-parole d'HRW."Les chefs d'Etat font tous comme si de rien n'était.Pour eux, c'est +business as usual+.Ils continuent par exemple de faire bloc" autour du président soudanais Omar el-Béchir, recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre au Darfour.

"Ils font semblant de rien, mais ils ont tous les oreilles qui sifflent", ironise un diplomate.

En des termes généraux, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l'ONU, a tout de même appelé "les dirigeants de tous les pays" à "écouter attentivement, plus sincèrement la voix de leur peuple", à propos des événements du Caire.

Invité du sommet de l'UA, le président français Nicolas Sarkozy a prévenu devant ses pairs africains que "dans le monde d'aujourd'hui, on ne (pouvait) plus gouverner comme dans celui d'hier".

"Ce changement, ou bien on le subit et c'est la porte ouverte, un jour ou l'autre, à la violence.Ou bien ce changement, on le précède, on l'accompagne et alors il peut s'accomplir sans heurt", a-t-il poursuivi.

Plus direct, M. Brody met en garde: "on a l'impression que les dirigeants africains passent à côté du vent du changement, mais ce vent pourrait bien venir jusqu'à eux".