Au Tchad, Louboutigué se reconstruit sur les cendres des violences de 2006

24 octobre 2010 à 10h04 par La rédaction

LOUBOUTIGU�? (Tchad) (AFP)

Il y a quatre ans, le village de Louboutigué, dans le Dar-Sila (est du Tchad), s'était dépeuplé après avoir été réduit en cendres par des attaques d'hommes armés.Depuis quelques mois, ses habitants sont de retour et tentent de reconstruire leur localité et leur vie.

C'est une bourgade de 4.000 âmes au pied d'une chaîne de montagnes, à 35 km au sud-est de la ville de Goz Beïda où beaucoup avaient fui "après les attaques de (novembre et décembre) 2006 par les Janjawids", raconte à l'AFP Mahamat Ibrahim Bahit, chef de canton coiffant Louboutigué et neuf autres villages.

Pour les déplacés tchadiens, les "Janjawids" désignent à la fois les miliciens armés et pilleurs arabes venus du Darfour (ouest du Soudan voisin, en guerre depuis 2003), mais aussi les agresseurs écumant l'est tchadien.

Un certain apaisement est noté sur le terrain depuis le rapprochement entamé en janvier par le Tchad et le Soudan après cinq ans de guerre par rébellions interposées.

"Avec le retour de la paix dans la région, nous avons décidé de regagner notre village car nous nous sentions à l'étroit là où nous étions", dans des camps abritant aussi des réfugiés soudanais, "et nous n'avions pas assez d'espace pour cultiver.Chacun est venu comme il a pu, à pieds, à dos d'âne, de cheval ou de chameau", raconte Mahamat Ibrahim Bahit.

Selon ce quinquagénaire trapu et rond, les retours se sont faits progressivement et sur plusieurs mois courant 2010.

"Aujourd'hui, nous avons retrouvé nos terres, nous avons pu cultiver sans problèmes et reconstituer un peu le bétail que nous avons perdu à la suite des événements" de 2006, ajoute-t-il.

En cette fin de saison des pluies, Louboutigué verdoie.En attendant le grand marché hebdomadaire, des femmes aux voiles chamarrés y proposent oignons, concombres ou arachides pendant que derrière un mur de branchage et de paille, des enfants regardent, curieux, des hommes du village, en tuniques et bonnet pour la plupart, exposant leurs doléances à une délégation de passage du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Le HCR a aidé les anciens déplacés à construire à Louboutigué une centaine de maisons en briques de terre cuite, mais de nombreuses habitations en paille ou mélange de paille et de bâches y sont encore visibles.

"Pour le HCR, le retour des réfugiés ou des personnes déplacées est volontaire, nous ne faisons que les accompagner en leur offrant le service de base à savoir école, centre de santé et points d'eau", souligne Hassan Mahamat Senoussi, un des responsables du HCR pour l'est du Tchad.

Pour autant, la vie d'ancien déplacé n'est pas tous les jours facile, selon des habitants.

"Sur les trois puits dont nous disposons, deux ne fonctionnent pas, l'école n'a pas d'enseignants et le centre de santé n'a pas de médicaments", soutient Mahamat Ibrahim Bahit.

"Faute de médicaments, le nombre de consultations de malades à diminué.De quatre cents patients par mois, nous sommes aujourd'hui à 80 par mois", avance le chef du centre de santé, Abdoulaye Ngouloum, alors qu'en privé, certains villageois affirment avoir le sentiment d'être abandonnés à eux-mêmes.

Amdjida Issa Brahim, doyenne des femmes du village, ne regrette pas d'être revenue dans son village mais n'oublie pas ce qui s'est passé en 2006: les coups de feu, l'incendie du village, la peur.

Dans la perspective du retrait à la fin de l'année de la force de paix de l'ONU, la Minurcat, à la demande du président tchadien Idriss Deby Itno, elle demande que l'Etat "crée un détachement (de policiers et gendarmes) pour veiller sur nous".